‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 164 sur 336 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

La période du propos (propositum) est le moment précis où commence l'opération de la volonté proprement dite.

Le propos est le consentement donné au jugement pratique II est appelé, bon propos, quand il est conforme à la loi du bien.

« L'homme bon et dévot règle d'abord au dedans de luimême, les occupations qu'il doit accomplir au dehors. Elles ne 1 entraînent pas au gré d'une inclination vicieuse, mais il les fléchit sous le joug d'une droite raison. » I. ,„, I?) l8. « La marche de notre profit spirituel répond à notre' bon propos... Que si malgré de fortes résolutions on défaille souvent, qu'en sera-t-il si on ne se propose quelque chose que rarement ou avec moindre fermeté ? » I. xix, 5, 6.

Dans le propos, il ne faut pas se contenter dé dire • Je voudrais. Il faut dire résolument : Je veux.

« Je suis entièrement de ton avis, disait le comte de Maistre; celui qui veut une chose en vient à bout; mais la chose la plus difficile dans le monde, c'est de vouloir. Personne ne peut savoir la force de la volonté, même dans les arts. Je veux te conter l'histoire du célèbre Harrison, de Londres. Il était, au commencement du dernier siècle jeune garçon charpentier au fond d'une province, lorsque le parlement proposa le prix de dix mille livres sterling pour celui qui inventerait une montre à équation pour le problème des longitudes. Harrison se dit à lui-même : « Je veux *a- « gner ce prix. » Il jeta la scie et le rabot, vint à Londres se htgarçon horloger, travailla quarante ans, et gagna le prix du en dis-tu ? Cela s'appelle-t-il vouloir ? » (Lettres et opuscules, tom. I, p. 147.) r

« Saint Bonaventure dit qu'il y a des gens qui ont de bonnes intentions et qui font les meilleurs projets du monde mais qui ne parviennent jamais à se faire violence, et à se

surmonter pour les mettre à exécution ; de sorte qu on

peuTd" d'eux ce que i Apôtre disait de lui-même : « Je

! ou e en moi le désir de faire parfaitement le bien; ma»

"en trouve pas le moyen. » Ces sortes de pro^ts sans

ffet ne sont pas la production d'une volonté déterminée .

ce ne sont, à proprement parler, que de simples velléités ;

et enfin" on voudrait bien, mais on ne veut pas fermement. »

(RSaingtUThomas d'Aqnin parlait de la même manière à une de ses sœurs. Elle lui demandait comment elle pourrait se sauver -En le voulant, lui répondit-il. Sr vous le voulez vous erez sauvée ; si vous le voulez, vous avancerez dan avru- si vous le voulez, vous vous rendrez parfaite.» Le la vertu, si v r'PSt-à-dire de bien vouloir, et

tout est donc de vouloir, c est a aire, u de se porter de tout son cœur à un bon propos.

Sans doute, il faudra compter surtout sur le secours de

Dieu.

« Le bon propos des justes, plus que de leur propre sa- „ee dépend delà grâce de Dieu, en qui ils mettent leur confiance quelque chose qu'ils arrêtent. » I. x, i8. C°K » d utonspas : Dieu est toujours disposé a nous v ni. en aide ; mais si le ferme propos nous manque, tout sera

"f Fais ce qui est en toi, et Dieu secondera ta bonne volonté. » I. vil, 4.

Bon propos déterminé. - H importe qu'on ne se borne pas à un bon propos vague et général.

. Il faut avoir toujours en vue quelque chose de deter miné, et surtout ce qui nous cause les plus grands empe

Ch:mCenn'es;pasXïe:3de prendre une résolution générale de

LFVfiE SEPTIÈME

reformer nos mœurs et de réprimer nos passions, parce que dans ce progrès « vague de nous corriger, de renoncer { nous-mêmes, et de nous priver de la consolation que donnent les créatures, la nature corrompue ne trouve rien qui l'incommode. Bien que ce projet-là semble être formé contre elle,, elle ne le traversera jamais. Au contraire, elle y trouve une .mage agréable de la vertu qu'elle approuve, qu'elle

et les philosophes ont embrassée. C'est ce qui trompe plusieurs personnes qui se glorifient en vain d'avoir surmonté leurs vices, parce que, quand elles font quelque bon dessein, elles „e sentent point qu'il soit combattu par l'inclination de leur nature. Mais dès qu'elles entreprennent d attaquer non tous les péchés en commun, mais un seul en particu her, et d'étouffer une passion qui s'élève avec insolence; dès qu'elles sont obligées à souffrir la moindre peine, c est alors que l'on reconnaît la vanité et la faiblesse de toutes les résolutions prises. Il faut donc observer avec soin les occasions particulières, qui ne manquent jamais de renoncer a soi-même, de réprimer ses passions et s'y porter avec courage. C'est l'unique moyen d'assujettir les sens a la raison, et de déraciner les vices. Or, cela ne se peut faire sans une application continuelle et infatigable sans une attention profonde qui descende et qui pénétré lusqu au centre de la corruption, sans une violence qui arrache du fond du cœur les affections qui y ont jeté les plus profondes racines. >, (Bona. Princ. de la Vie chrétienne part. II, chap. v.)

C'est ici qu'intervient le propos de combattre la passion dominante. F

Dans notre tempérament, notre caractère, nos habitudes u y a quelque passion, amour ou haine, désir ou fuite!

Lie ou tristesse, crainte ou audace, espérance ou désespoir, colère enfin, dont la prédominance constitue notre phystonomî morale. C'est contre ce principal moteur de nos actes qu'il faut diriger des efforts savants.

« Les maîtres de la vie spirituelle nous apprennent, qu un moyen qui peut contribuer beaucoup à notre avancement, td?en embrasser le soin, non pas en général, et en gros mais en particulier, et en détail. Cass.cn rapporte, que Se Moïse demanda un jour à ses Religieux, dans un conférence spirituelle, ce qu'Us prétendaient avec tant de ravan tant d'abstinences, tant de veilles, tant d oraisons «de mortifications, et quelle était leur fin Ces Rehgteux ui avant répondu que c'était le royaume des ceux : « Je TXbienJeur r'pliqua-t-il que c'est là votre fin 4er- « nière- mais je ne vous parle maintenant que de la nn médiate et' particulière, sur laquelle vous eve. .arrêter « les yeux, pour arriver à cette dernière fin Car d même « qu'un laboureur, quoique son principal but soit de re « ueillir beaucoup de blé, pour avoir de quo. ««« = s- « aise met néanmoins toute son application a bien cultiver

1 "erre, et à en arracher les méchantes herbes, parce que

« c'est un moyen nécessaire pour arriver a sa fin , et de

même qu'un marchand, quoiqu'il n aspire à autre chose

« qu'à se faire riche, renferme pourtant'tout son ^so.n a re-

arder quel commerce et quelle sorte de trafic lu e « mus propre pour cet effet, et y emploie tout ce qu .1 de capacité et d'industrie : de même, quoique toute 1 af- Z d'un Religieux soit celle de son salut, ,1 ne suffit pas « cependant qu'il la prenne en gros; .1 ne suffit pas qu . « dise en général : je prétends me sauver ,e veux être ! bo Religieux, je désire de me rendre parfait. I fau qu * « arrête les yeux en particulier sur la passion, ou sur le vice

Page 1