‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 166 sur 336 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

la fainéantise, toutes filles de la paresse, qui est elle-même engendrée par la passion de la crainte.

Il faut donc, au point de départ, faire l'effort nécessaire se lever de son lit au premier signal, et ne pas croupir dans 1 hésitation. ^

« Si, au commencement, nous nous faisions un peu de violence, nous pourrions ensuite tout faire avec facilité et avec ,o.e. - Il est pénible de quitter ses habitudes, il est encore plus pénible d'aller contre la propre volonté. - Mais si tu ne surmontes pas ce qui est petit et facile, quand surmonteras-tu ce qui est plus difficile ? » I. n l8-20

« Pour vaincre notre paresse dans le service de Dieu, disait saint Antoine nous méditerons avec grand profit cette parole de saint Paul : « Je meurs tous les jours. » Si nous vivions avec cette pensée que le jour présent sera celui de notre mort, nous ne serions pas exposés à commettre le péché Le matin, à notre réveil, disons-nous que nous n'atteindrons peut-être pas le soir, et lorsqu'à la fin de la journée nous allons nous livrer au repos, ne nous flattons pas de ver le lendemain ; toujours et partout songeons que le terme de notre vie est inconnu, et que nous sommes entièrement entre les mains de la Providence. En nous maintenant dans cette disposition, nous n'offenserons pas Dieu et ne serons pas tyrannisés par nos passions. »

l'effort.

Précisons le point où est arrivée la volonté t"e est sortie de la pure spéculation.

,2g LA DOCTRINE DU LIVRE DE f. C.

Après avoir formé un bon propos, résolu, déterminé, efficace elle en est au commencement d'exécution.

Renonçant à toute hésitation, elle se livre à un premier

6 Dés ce premier effort, elle constate combien l'entreprise

est pénible.

Tous les ascètes jettent des cris de douleur, quand ils parlent du combat contre la nature. Dépouiller le vieil homme pour revêtir l'homme nouveau ; mettre la vertu a la place du vice ; redresser les inclinations déformées , renoncer aux passions chéries; poursuivre l'amélioration morale : c'est la douleur des douleurs. On peut dire qu il ne s'agit de rien moins que d'une opération dans le vit, recommencée chaque jour, a tout instant. Et pourtant, c est h, condition de la vie spirituelle. Celle-ci est une affaire de réaction constante contre la nature. La nature, comme par une loi de pesanteur, qui domine le monde moral aussi bien que le monde physique, nous entraîne vers les choses terrestres. La piété veut nous emporter du cote du Elle n'y peut réussir qu'en nous imposant des efforts constants et douloureux.

N'oubliez jamais, dit saint Bonaventure, que, pour acquérir la moindre des vertus, il vous en. coûtera des peines et des fatigues extrêmes ; que vous aurez mille combats a livrer à vous-même jour et nuit, et qu'il vous faudra une vive persévérance dans les exercices spirituels.

Qu'est-ce donc quand il s'agit d'acquérir toutes les vertus, et à un degré éminent? .

Cette lutte douloureuse contre le mal, notre auteur la signale comme une des plus grandes épreuves du serviteur de Dieu. 11 y revient fréquemment. On comprend qu i la du souvent gémir de son combat spirituel contre les inclina-

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tiens perverses. Il a dit : « Qui a un plus rude combat à soutenir, que celui qui s'efforce de se vaincre lui-même?» I m, 19. — Un peu plus bas, il s'écriera : « C'est plus grand labeur de résister aux vices et aux passions, que de se couvrir de sueur dans les fatigues corporelles. » I xxv 48 -Ht cependant, il faut se faire violence, parce qu'il'faut triompher du vice, et assurer en nous le règne de la vertu.

Il ne faut pas reculer. - Cette lutte contre la nature est décourageante.

C'est le rocher de Sisyphe et le tonneau des Danaïdes.

« Il est une chose qui retire beaucoup de personnes de 1 avancement et du fervent amendement, c'est l'horreur des difficultés, ou la fatigue de la lutte. » I. xxv, 13.

Or, il ne faut pas reculer.

Celui qui recule obéit à un sentiment de crainte et de desespoir qui a'est pas justifié.

«On peut non seulement modérer ou se corriger des inclinations imparfaites, mais même s'en défaire entièrement, et souvent en acquérir de toutes contraires, pourvu qu on y veuille travailler avec soin. Et c'est ce que vous devez fane. Je dis que vous le devez. Si on a trouvé le moyen de corriger 1 amertume des amandiers, et de les rendre parfaitement doux, en les perçant seulement auprès de la racine, pourquoi est-ce que nous ne trouverons pas le moyen de corriger ce que nous avons de défectueux en notre naturel, s, nous en voulons prendre la peine ? Comme il n'est Point si bon naturel qui ne puisse devenir mauvais par des habitudes vicieuses, il n'y en a point aussi de si farouche que c soin et 1 mdustrie, aidés de la grâce de Dieu, ne puissent «monter et remettre dans un juste tempérament. » (Saint François de Sales. Vie dévote, I xxiv )

.,2g la DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

Le même Saint représente les conséquences terribles d'un recul dans le service de Dieu.

a O Dieu ! que les chutes de ceux qui sont sur la montagne sont effroyables et dangereuses! Car dès qu'on a commencé à tomber, l'on roule puis après jusques à ce que l'on soit au fond du précipice : et telles ont été les chutes de ceux lesquels, après avoir reçu de grandes grâces, sont déchus du service de Dieu. Chose étrange, qu'après un si bon commencement, même après avoir demeuré trente et quarante ans au service de sa divine Majesté, sur la vieillesse, lorsqu il serait temps de recueillir le fruit de son labeur, l'on vienne à tout perdre, et à se précipiter dans l'abîme du malheur, tel que fut celui de Salomon, du salut duquel les Pères de l'Église sont en doute, et de plusieurs autres, lesquels, semblablement, ont abandonné le bon chemin en leur vieillesse... Que celui qui s'estime être debout craigne de tomber, dit l'Apôtre, et que personne ne se glorifie pour se voir bien appelé de Dieu, ni pour être en quelque lieu où il semble n'avoir rien à craindre. Que personne ne présume de ses bonnes œuvres, et ne pense n'avoir plus rien. à redouter, puisque saint Pierre, qui avait reçu tant de grâces de Notre-Seigneur, et qui lui avait promis de l'accompagner dans la prison et même jusques à la mort, le renie au moindre sifflement d'une chambrière; et Judas, pour une si petite somme de deniers, le vendit... »

Rodriguez a un admirable chapitre sur le même sujet, premier Traité, chapitre xiv : « Qu'il faut se comporter toute sa vie dans la Religion, comme le premier jour qu'on y est entré. » Il faudrait le citer tout entier : « Comme lorsque quelqu'un a eu d'abord beaucoup de chaleur pour l'étude, et qu'il vient ensuite à se relâcher, on lui dit que, s'il veut devenir savant, il faut qu'il prenne la chose aussi à cœur

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