LIVRE PREMIER
étudiants, dans l'école, par un professeur de morale. » En lisant de pareilles assertions, que M. de Grégory néglige d'appuyer de l'ombre d'une preuve, on se demande si l'écrivain s'est jamais rendu compte de ce qu'est un traité scolastique.
On n'en connaît que de deux sortes : le compendium et l'analyse. Le compendium est un texte rédigé par le maître, dans lequel il a condensé la substance de sa doctrine, qu'il développe de vive voix à ses élèves. L'analyse est le travail de rédaction opéré par l'élève, d'après l'enseignement du professeur.
Que les résumés soient faits par le maître ou par l'élève, avant ou après la leçon, il n'en faut pas moins qu'ils recherchent une clarté, une logique, une précision, qui sont de l'essence même du genre. L'I. C. a des mérites littéraires incontestables, mais des mérites absolument divers de ceux que l'on trouve dans les bons traités scolastiques. M. de Grégory se trompe du tout au tout : l'I. C. ne peut avoir servi de canevas à l'enseignement d'un professeur ; le livre n'est pas davantage l'abrégé d'un cours didactique. Il est une chose qu'on peut assurer hardiment, à Tencontre de M. de Grégory, c'est que l'I. C. n'est pas un traité scolastique.
L'I. C. est tout simplement une œuvre de spiritualité, écrite par l'auteur pour son usage personnel ou pour l'édification de ses frères. Le premier et le second livre sont un recueil de maximes, de prières, d'élévations ; le troisième et le quatrième se composent de soliloques et de dialogues. L'écrivain s'est abandonné à toute l'indépendance de l'inspiration. On voit bien qu'il n'est pas gêné par la nécessité de contenir sa pensée dans un cadre et de la soumettre à une série logique. Son œuvre est essentiellement intime :
die ne peut être sortie d'une cellule, que pour passer dans les mains d'un lecteur, qui la prendra ou la laissera à son gré, aux heures de méditation religieuse et de prière.
Dès lors, peu importe, au fond, que cette œuvre soit diversement désignée sous les noms de, Tractatus, Liber, Libellus. Il serait aussi puéril de disserter sur ce point, que de rechercher, si le « Télémaque » est un poème ou un roman. Les copistes ont indifféremment donné au pieux livre les désignations les plus variées, et, suivant leurs traditions, nous pouvons appeler 11. C. un livre, un traité, ou un opuscule. Les types italiens en sont même arrivés à la suprême indifférence sur ce point, en désignant l'ouvrage de la manière la plus simple : Libri IV (Quatre livres).
Une seule observation est à retenir.
Si, par le mot de, Tractatus, on veut entendre une œuvre systématique, enseignant dans un ordre, plus ou moins logique, une science ou un art quelconque, non, évidemment, 11. C. n'est pas un traité. L'auteur du pieux livre ne s'astreint pas à une méthode, quelle qu'elle soit : bien plus, il se préoccupe peu d'embrasser tout son sujet. Voilà un livre de vie spirituelle, qui ne parle même pas de la manière de bien prier ! Singulier traité, où l'on omet l'un des sujets les plus essentiels de la spiritualité ! Véritablement, 11. C. est à l'antipode d'un, Tractatus. C'est un livre qui tient tout à la fois des « Élévations » de Bossuet, des « Maximes » de la Rochefoucauld, des « Soliloques » de saint Augustin. On y trouve des vues et des élans, mais rien de didactique. L'auteur se préoccupe plus, d'inspirer à l'âme le désir de monter vers le souverain amour, que de satisfaire la curiosité de l'intelligence et de lui faire apercevoir l'harmonie de la vérité.
Qu'est donc 11. C. ?