‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 19 sur 336 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

C'est un recueil d'idées et, surtout, d'impressions.

J'aime à me représenter le saint moine rentrant dans sa cellule, après ses ardents colloques avec le Dieu de l'autel. Son âme est remplie tantôt de consolation, tantôt de désolation. Il prend le stylet et il jette sur le parchemin, le papier, ou les tablettes de cire, les impressions de son âme.

En d'autres circonstances, il s'est livré à de pieuses lectures, à de dévots entretiens, à de ferventes allocutions. Il sent le besoin de formuler et de résumer sa pensée en sentences brèves et précises.

Chaque jour, il se prépare à communier ou à célébrer le sacrifice de la Messe. Il se dispose à cette sainte action par un redoublement de piété ; afin d'aider sa religion, il prend soin de fixer par l'écriture ses sentiments d'amour envers le Dieu eucharistique.

Ces notes sont dans un coin de la petite chambre ; il y revient ; il les polit. Ce ne sont plus des rédactions de premier jet, comme les «Pensées» de Pascal. Le style en est affiné. Les fragments sont rangés en chapitres et en livres, par l'auteur lui-même, car un éditeur n'aurait ni si bien pu réunir les idées éparses, ni leur donner des titres si exacts.

L'œuvre est complète : elle est née, s'est développée, s'est parfaite, comme d'elle-même. Elle contient les pensées et les sentiments d'une vie entière. Sans doute, les supérieurs et les confrères en ont reçu communication ; ils en ont pris copie, et n'ont pas manqué de divulguer le petit livre, soit par fragments, soit dans son ensemble.

Ainsi comprenons-nous la genèse de l'I. C. et sa publication.

Le pieux ouvrage est moins un produit de la logique que du sentiment. L'auteur ne ressemblait pas à Pascal, un

géomètre doublé d'un poète, qui exprimait avec un incomparable relief des conceptions déduites avec une logique implacable ; ni à Bossuet, dialecticien subtil autant qu'orateur magnifique, architecte puissant qui savait orner d'admirables décors les plus savantes constructions. L'auteur de PL C. était un amoureux de Dieu, entièrement dominé par sa passion. Or, le propre de la passion consiste à exprimer des idées et des sentiments, s' enchaînant les uns et les autres, d'après une logique qui ne ressemble nullement à celle de la raison.

Tout le monde connaît le premier chapitre de TI. C. : « Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le

Seigneur.

« Ce sont paroles de J.-C. nous avertissant d'imiter sa vie et ses moeurs, si nous voulons être vraiment illuminés, et délivrés de tout aveuglement de cœur.

« Donc, que notre suprême application soit de méditer

sur la vie de Jésus.

« Son enseignement surpasse les enseignements de tous les Saints, et qui en aurait l'esprit y trouverait la manne

cachée.

« Mais il arrive que plusieurs entendent fréquemment l'Évangile, et ne ressentent que de faibles désirs : c'est qu'ils n'ont point l'esprit de J.-C.

« Car celui qui veut avoir, etc.. »

On aurait bien du mal à disposer en syllogismes les diverses propositions que nous venons de citer \ Il ne serait

* Si l'on avait à réduire en syllogismes les conceptions de ce chapitre, on pourrait adopter la forme suivante :

1 Pour être dans l'illumination et la liberté, il faut imiter J .-U

6r pour imiter J.-C, il faut étudier sa vie.

Donc, pour être dans l'illumination et la liberté, il faut étudier la vie de J.-C.

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