LIVRE SEPTIÈME
Dans la première ardeur des querelles jansénistes, les docteurs du parti s'efforçaient de tirer à eux les auteurs les plus considérés de l'Eglise. Ils travaillaient à compromettre le grand nom de saint Augustin ; ils ne laissaient pas de se couvrir de l'autorité de saint Paul. Le livre de l'I C n'échappa pas aux téméraires revendications d'Arnauld II y a quelques années à peine, un critique anonyme se faisait encore 1 écho de ces prétentions, dans un travail qui d'ailleurs, ne manque pas de connaissances spéciales : « Voici un aveu dont je voulais faire à jamais un secret : c'est qu ayant eu souvent envie de faire, pour mon usage particulier, et a ma manière, une traduction de l'I C j'y ai toujours renoncé par respect pour la bulle Unïgenitus dans laquelle est formellement condamnée la doctrine du chapitre uv« du livre III. Je craignais trop de paraître jansémste même à mes propres yeux ; et je ne conçois pas comment les entrepreneurs de la « Bibliothèque des Dames chrétiennes », qui affichent tant d'horreur pour le jansénisme, se sont montrés eux-mêmes très jansénistes par la traduction de M. Genoude. Ils sont en effet évidemment jansénistes, et même très formellement appelants, s'ils ont proclamé et propagé ces propositions condamnées par la fameuse bulle : « Que reste-t-il à l'âme qui a perdu Dieu « et sa grâce, sinon le péché et ses suites, une orgueilleuse « pauvreté et une indigence paresseuse, c'est-à-dire une « impuissance générale au travail, à la prière et à tout bien ? - La grâce de Jésus-Christ, principe efficace de toutes sortes de biens, est nécessaire pour toute bonne « action... Sans elle, non seulement on ne fait rien, mais ' on ne peut rien faire. - La volonté que la grâce ne prévient point, n'a de lumière que pour s'égarer : capable • ue tout mal, impuissante à tout bien. — Nulle bonne
« œuvre sans l'amour de Dieu, etc. » - Et je Us tout cela dans la « Bibliothèque des Dames, » au chapitre liv de M Genoude, qui dit : « Accordez-moi Seigneur, cette f grâce, que vous m'avez montrée si grande et si nécessite « ï mon salut, de vaincre une mauvaise nature qui m en- « traîne au péché et a la perdition. - Je ne puis résister a « mes passions, si je ne suis assisté de votre très saint « grâce répandue abondamment dans mon cœur. - 11 « lut votre grâce et une grande grâce pour vaincre la ^na- « ture - Je me propose souvent le bien a faire mais « parce que la grâce me manque pour aider mor i infirmité « une légère résistance m'arrête et m abat. - O combien « votre grâce m'est nécessaire pour commencé! le bien le « faire et l'achever! Car sans elle je ne puis rien. - Que « sui,je sans elle, sinon un bois sec et une br^he tnu- , tiie> » Il y a cependant quelques petites es.obardenes dans la traduction de deux ou trois passages, comme lorsque M Genoude ne dit que « ma mauvaise nature . pour pe simam naturam; que « votre très sainte grâce r^andu abondamment », quand le texte porte, ma; ancn sim* 2ratia cordi meo ardenter infusa ; voulant éviter par son fa lieux « abondamment », cet amour de Dteu qm accompagne ardenter, la grâce puissante pour faire agu . - Maigre tout ce a faute sans doute d'une suffisante connaissance biologique, M. Genoude est un traducteur aussi ,ansemste que M° de Sacy : et pouvait-il en être autrement puisque i c nl^es du P. Lallemant, comme celles du texte, se uve sous la censure antijanséniste de la bulle Un^- S?? » (S- deux traductions nouvel es de J»^ Jésus-Christ, et principalement sur celle de M. Genoude, 1820, broch. in-8°,pp. 18-20.) due conclure de ces réflexions ?