LIVRE HUITIÈME
l'essence propre de sa religion. Le chrétien peut et doit être en union perpétuelle et immédiate avec le Crucifié
Et il servirait de peu d'invoquer la disproportion manifeste qui ex.ste entre les cérémonies sacramentelles considérées en elles-mêmes, et la fin prodigieuse que l'on veut atteindre.
Quand on considère l'efficacité propre de l'eau que le ministre du Baptême verse sur la tête d'un enfant en prononçant la formule consacrée, on est tenté de douter qu iJ puisse y avoir un rapport quelconque entre ce procédé sacramentel et l'union avec la Divinité.
Mais considérez que, dans l'Église, il n'en est pas de même que dans les institutions humaines. Les procédés imaginés par les fausses religions ou par les superstitions n ont d autre valeur que celle que l'homme peut leur donner. 1 ar conséquent, le procédé, quelque sérieux qu'il paraisse, ne saurait engager la Divinité. Dans l'Église, quelque mesquins que soient les moyens adoptés, ils ne sont jamais superstitieux, car ils sont justifiés et raisonnables. Ce n'est pas a cause du procédé naturel que l'union avec le souverain Bien est réalisée, mais en vertu de l'institution divine • et h raison elle-même nous sert alors à démontrer que Dieu a voulu attacher son action divine à telle ou telle action humaine, que la grâce et l'auteur de la grâce lui-même nous sont communiqués, par des moyens chétifs mais divinement erncaces.
En résumé le souvenir du Crucifié est puissant sur l'âme chrétienne; 1 influence eucharistique entretient la flamme dans le cœur du fidèle. Comment le ferme croyant, agenouillé devant e tabernacle, pourrait-il rester insensible lorsqu .1 entend la voix de Jésus-Christ, répétée par notre P'eux auteur, lui dire avec une douce autorité : « Les mains
étendues en croix, et le corps dépouillé, je me suis moimême spontanément offert a Dieu le Père pour tes péchés? » IV. vin, i. — Que reste-t-îl alors à l'âme croyante et affectueuse, si ce n'est, dans un élan d'amour, de s'écrier avec H. C. : « Seigneur, tout est à vous, ce qui est au ciel et sur la terre. Je désire moi-même m'offrir a vous en oblation spontanée, et demeurer vôtre perpétuellement. » IV. ix, i.
l'amour divin dans l'église, ou la charité.
Le divin auteur du christianisme savait parfaitement que le cœur est la pièce maîtresse, comme dit Pascal, de 1 humanité ; que ce premier ressort donne le branle à tout le reste ; qu'il incline, selon ses impressions, vers le vice aussi bien que du côté de la vertu. Car nous ne pouvons être sans quelque amour, et la volonté penche naturellement vers ce que nous aimons.
Aussi la religion a-t-elle la prétention de confisquer le cœur de l'homme au profit de Dieu. Elle estime que toute entreprise qui ne va pas jusque-là est pure méprise; qu'on n'adore vraiment que ce qu'on aime ; que le principal mobile du culte n'est autre que l'amour.
De là, ce commandement qui résume la loi nouvelle, qui est a lui seul toute la religion : « Tu aimeras Dieu ! » Qu'est-ce à dire ?
C'est-à-dire, que le chrétien doit avoir au cœur un amour dominateur; non pas un amour vague, universel, banal,