LIVRE III [TIÉME
allégoriques. Tous ces termes aboutissent à exprimer le sens et 1 expérience mystique de la Divinité, obtenus â des degrés divers, et sous des rapports divers. Il „c s'agit que d'un même phénomène, se diversifiant seulement en mode et en intensité.
C'est à cette définition que se ramène le passage suivant de 1 un des plus sages maîtres de la spiritualité :
« Qu'y a-t-il de plus noble et de plus excellent que l'union avec Dieu, ou la théologie mystique, qui est comme un gage de la glo.re future, un avant-goût du paradis, et un prélude de a ,oie ineffable dont les Bienheureux jouissent dans le ciel ? Cette divine science doit tenir le premier rang entre toutes; puisque les autres étant purement humaines, celle-ci „ a point d autre objet que Dieu même, en la contemplation duquel elle s'occupe entièrement. Les effets des autres sciences sont si peu utiles et durent si peu, qu'ils finissent avec la vie de celui qui a consumé la plupart de ses années pour es acquérir. Mais la théologie mystique, qui n est autre chose que la contemplation de Dieu, verse une abondance de biens spirituels dans l'âme, et fait quelle boit dans la source de l'Essence divine, où, après que Ion a bu une fois, ainsi que dit l'Ecriture (Joann. 4) on ne peut plus avoir soif. Elle apporte de si grands avantages à l'homme, qu elle le réforme et renouvelle entièrement, au dedans, au dehors. Elle lui communique de si grands dons dans l'intérieur, que l'âme, se voyant comblée de toutes sortes de richesses, ne croit point être en état d'avoir besoin d'aucune chose C est pourquoi on lui pourrait appliquer les paroles d Salomon, racontant les avantages qu'il avait acquis en acquérant la sagesse... Il „'v a rien dans ces -, J puisse convenu- â la théologie mystique.., comme elle est le Plus grand de tous les biens, aussi les louanges qu'on lui
veut donner, doivent surpasser toutes louanges. » (Lansperge. La Milice chrétienne, 1670, in-12, p. 267.)
Saint François de Sales ne s'écarte pas de la notion que nous avons donnée du mysticisme :
« La théologie mystique s'appelle théologie, parce que, comme la théologie spéculative a Dieu pour son objet, celle-ci aussi ne parle que de Dieu, avec trois différences : car i° celle-là traite de Dieu en tant qu'il est Dieu, et celle-ci en parle en tant qu'il est souverainement aimable : c'est-àdire, celle-là regarde la divinité de la suprême bonté, et celle-ci, la suprême bonté, de la divinité ; 20 la spéculative traite de Dieu avec les hommes, et entre les hommes, la mystique parle de Dieu avec Dieu et en Dieu même ; 30 la spéculative tend à la connaissance de Dieu, et la mystique à l'amour de Dieu : de sorte que celle-là rend ses écoliers savants, doctes et théologiens, mais celle-ci rend les siens ardents, affectionnés, amateurs de Dieu, et philothées ou théophiles.
« Or, elle s'appelle mystique, parce que la conversation y est toute secrète, et ne se dit rien en elle entre Dieu-et l'âme que de cœur à cœur par une communication incommunicable à tout autre qu'à ceux qui la font... Mais où l'amour règne, on n'a point besoin du bruit des .paroles extérieures, ni de l'usage des sens pour s'entretenir et s'entr'ouïr l'un l'autre. En somme, la théologie mystique n'est autre chose qu'une conversation par. laquelle l'âme s'entretient amoureusement avec Dieu de sa très aimable bonté pour s'unir et joindre à elle. » (Traité de l'amour de Dieu, hv. VI,
chap. 1.)
Telle était encore, sur le mysticisme, la pensée d'un savant professeur de notre Sorbonne, qui avait étudié d'une manière toute spéciale les phénomènes de la vie intérieure :