‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 236 sur 336 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

« La théologie mystique, dit M. Bautain, diffère essentiellement de la théologie spéculative ou scientifique ; c'est une théologie affective, qui se rapporte exclusivement au cœur, au sentiment; c'est la voie par laquelle l'âme humaine va à Dieu, non plus par l'intelligence, par l'esprit, par la raison, mais par la partie affective d'elle-même, par ce qu'on .appelle le cœur, et il en résulte l'amour, l'amour de Dieu Ainsi la théologie mystique est basée sur ce principe que l'âme humaine, qui est surtout faite pour aimer et qui n'est jamais plus vivante que lorsqu'elle aime, peut aimer Dieu, qui est le Dieu vivant, comme elle peut aimer ses semblables ; et que, comme elle n'aime que ce qui est beau ou au moins ce qui lui paraît tel, que ce qui est bien, ou lui semble bien, plus il y a de perfection dans l'objet de son amour, plus elle connaît ses perfections, plus aussi son amour s augmente, plus il devient vif, et plus l'objet de son amour est pur, plus aussi son amour s'épure lui-même, en sorte que la théologie mystique est la voie par laquelle notre âme tend à l'union avec Dieu par l'amour. Les moyens de cette union sont la prière, le recueillement, l'exposition simple de l'âme devant Dieu, comme toutes les fois qu'on veut entrer dans un rapport vivant avec un être vivant on s'expose à son action, à son influence, de manière à être pénétré par son rayon, par le rayon de sa vie, et à mêler autant que possible sa vie avec la vie de l'objet aimé ; et dans cet acte et ce réact, dans cette communication des deuxtermes, de l'âme qui aime Dieu, et de Dieu qui est aimé par 1 âme et qui l'aime, dans ce flux et ce reflux, dans cette pénétration réciproque, naît le sentiment le plus profond le plus vivace que l'âme puisse éprouver, puisqu'il n'y à pas de sentiment plus profond et plus vivace que l'amour et que l'amour de Dieu étant ce qu'il y a de plus intime et

de plus vivant, il produit dans l'âme, quand il y règne, les impressions les plus pénétrantes et les plus douces. La théologie mystique, comme vous le voyez, est donc plutôt une méthode qu'une science proprement dite ; elle est une voie affective pour aller à Dieu. »

Victor Cousin ne s'est donc pas trompé en donnant du mysticisme la notion suivante :

« C'est trop à la fois et ce n'est pas assez pour le mysticisme de concevoir Dieu sous le voile transparent de l'univers et au-dessus des vérités les plus hautes. Il ne croit pas connaître Dieu s'il ne le connaît que dans ses manifestations et par les signes de son existence ; il veut l'apercevoir directement; il veut s'unir à lui, tantôt par le sentiment, tantôt par quelque autre procédé extraordinaire. » (Du Vrai, du Beau et du Bien, vc leçon.)

Cette définition avait été pressentie par le premier des écrivains mystiques de l'Église, le premier en date et peutêtre aussi en génie (à part l'auteur du livre de 1 1. C), nous voulons parler de saint Denys l'Aréopagite. Dans le prem.er chapitre de sa théologie mystique, il s'écrie : « Pour toi, cher Timothée, exerce-toi sans relâche aux spectacles mystiques, laissant de côté les sens et les opérations intellectuelles, et par l'agnosie élève-toi, autant que possible, à l'union avec celui qui est au-dessus de toute substance et

<ie toute e^nose. »

Aimer Dieu avec ardeur et par cet amour réaliser l'union avec Dieu, c'est, en définitive, tout le mysticisme.

D'où il résulte que le point de départ du mysticisme est un état psychologique. On se trompe quand on veut que le mysticisme soit un élément détaché, un système distinct qu'on est libre d'accepter ou de rejeter. Le mysticisme joute aucun organisme à la religion. En tout chrétien, .1 V

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