LIVRE HUITIÈME
4/5 contre Fénelona pour but d'indiquer nettement les points délimité, par 1 enseignement sacré, de condamner impitoyablement toutes les excursions faites en dehors des frontières
inviolables.
M. Bautain a excellemment fait ressortir cette prépondérance de 1 enseignement sacré : « Nous avouons, dit-il que la vo.e sentimentale est périlleuse, à cause de l'exaltation du cœur, s'il n'est bien réglé, et il n'est pas facile' à régler, a cause des aberrations de l'imagination qu'il enflamme. Nous avouons encore la gravité des abus possibles C est pourquoi il faut distinguer, et on a toujours distingué le vrai et le faux mysticisme. Le moyen de les distinguer" je va,s vous le donner en un mot. Rien de plus simple pour un catholique, mais rien de plus difficile pour celui qui ne lest pas, et voici pourquoi. Dans l'Église catholique, qui est basée sur la révélation divine, et qui est instituée ellemême divinement pour conserver le dépôt de cette révélation dans sa pureté, en sorte qu'elle ne soit pas travestie, altérée par les pensées, les imaginations et les langues de hommes dans l'Église catholique, qui est le dépositaire et 1 nterprtte de la parole de Dieu, il y a une autorité divine, et cette autonte divine est chargée de décider ce qu'il fiiut croneou ne pas croire, ce qu'il faut faire ou ne pas faire C est elle qui définit les dogmes; c'est elle qui détermine ta discipline; ce* elle qui explique, enseigne les commandements de Dieu et sa loi; par conséquent, dans l'Église catholique, il y a un moyen infaillible de discerner le vrai et ie faux mysticisme. Le vrai mysticisme est celui qui est ap- P.ouvcpar Lghse enseigné par elle; c'est, par conséquent, «lu. dont la doctrine s'accorde avec la foi de l'Église e qui se soumet par l'obéissance dans ses actes, aux nre - -Puons et à la discipline de l'Église. C'est le mvstic sue
de saint Jean, de saint Paul, de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, de l'auteur de 11. C, de saint François de
Sales.
« Le faux mysticisme est celui que l'Église a condamné, qui ne reconnaît pas son autorité, ou qui s'élève au-dessus de son autorité par des distinctions, par des explications qui sortent du sens ordinaire de l'Église, de ses dogmes^ de sa morale et de sa discipline. Dans ce cas, ce faux mysticisme va contre la foi, contre les dogmes, contre la morale, contre la discipline de l'Église. Il a existé à peu près de tout temps dans le monde chrétien : c'est le mysticisme des Béguards et des Béguines, qui a été condamné par le concile de Vienne ; c'est surtout la doctrine de Molinos, prêtre espagnol, qui vivait à Rome et qui a été condamné au dix-septième siècle; c'est le mysticisme du P. Lacombe et de Mme Guyon; et enfin, il faut bien le dire, c'est un peu le mysticisme de notre grand Fénelon, du moins en ce qui concerne le livre des « Maximes des Saints ».
Bien plus, dans ses préoccupations relatives à la discipline du cœur, l'Église ne se contente pas de donner les immuables indications doctrinales. Elle courbe le fidèle sous le joug de la direction. Il n'est pas de chrétien qui puisse se tenir en dehors de l'obéissance. La perfection n'est acquise qu'à ce prix. Le maître spirituel (magister spiritualis) est celui qui reçoit les confidences du fidèle, soit en confession ou autrement, et qui le guide dans la voie de la perfection. Or un tel maître est absolument nécessaire : « Omnino procurandus est, » dit la théologie. « Je n'hésite pas à dire, s'écrie saint Vincent Ferrier, que jamais Jésus- Christ n'accordera sa grâce à celui qui, pouvant se faire instruire et diriger, néglige de se mettre sous la conduite d'autrui, dans la pensée qu'il se suffit à lui-même, et qu'il
LrVRE HUITIÈME.
est capable de trouver tout seul ce qui est utile au salut » (De vit. spirit., cap. iv.) Aussi, l'Église a-t-elle sévèrement condamne les erreurs des pseudo-illuminés et de Molinos qui niaient la nécessité du magistère spirituel
La doctrine de I'I. C. est exactement conforme sur ce point a 1 enseignement de l'Eglise :
« Ceux qui sont encore nouveaux et inhabiles dans la voie du Seigneur, s'ils ne se gouvernent par le conseil de personnes de discernement, peuvent facilement se tromper et se perdre. Que s'ils préfèrent suivre leur sentiment plutôt que celui des gens expérimentés, l'issue en sera périlleuse a moins cependant qu'ils ne parviennent à se déprendre de leur propre idée. Rarement, ceux qui secroient sages
souffrentdêtrehumblementgouvernésparlesautres.IlkL; mieux avoir peu de connaissances avec humilité et petite intelligence, que de grands trésors de science avec la vaine complaisance. Il te vaut mieux avoir moins que beaucoup dont tu pourrais t enorgueillir. » III. vu, 10. Le cœur trouve donc, dans l'Église, un double obstacle'
dans lTal,TemS- ^ d0Cteursert à ^limiter le terrain dans lequel I amour peut se mouvoir; le maître spirituel enseigne la vo.e qu'il faut suivre. Le voyageur qui veut s élever sur les hautes montagnes ne s'indigne pal contreles barrières qu, 1 empêcheront de tomber dans les précipices; ,1 ne repousse pas le concours d'un guide expérimenté. 1 s'applaudit d'autant plus de sa prudence qu' ,
S" : bIe des téméraires qui> mé?û™ '«
entiers tracés, s aventurent sans conducteur vers les hauts sommets. Ams, le chrétien, instruit par les funestes exemples du mysticisme indépendant, accepte avec gratitude les ndications delà doctrine sacrée et du magistère spir ni «» loin d en être importuné comme il le serait par des en-
traves fâcheuses, il les bénit comme le moyen efficace d arriver sûrement aux cimes les plus élevées.
Il était nécessaire de donner ces explications avec quelque détail, car on a fait quelquefois un reproche a l'auteur de H C d'avoir fait dans son ouvrage une place trop grande à l'inspiration personnelle, au détriment de l'autorité générale.
Le P. Gagliardi a supérieurement indique la vraie pensée de l'I C. à°ce sujet. Nous insérons ici une interprétation libre de ce beau morceau de critique théologique : « Faites-y bien attention, et vous comprendrez que 1 unique fondement de IL C, c'est que Dieu seul doit être écouté dans ses colloques intimes avec l'âme ; que Dieu l'illumine et la soulève jusqu'aux plus hauts sentiments de l'amour divin ; que la céleste doctrine doit être attendue de cet unique maître, et immédiatement puisée dans ses enseignements. Que tous les Docteurs qui nous enseignent par la parole et par la plume se taisent, dit souvent le pieux livre ; bien plus n'écoutons même pas Moïse, les Prophètes et es Écritures; il va même jusqu'à dire : « Silence à toutes les « créatures, que Dieu seul nous parle ; l'âme n apprenu et « n'aime véritablement que ce qui lui est enseigné par Dieu « seul et qu'elle reçoit directement de lui. Voilà 1 esprit et « l'âme qui illumine et enflamme le cœur ; sans cela, tout « le reste nous est par lui-même étranger, sec et inutile. ». Ce point de départ du livre de l'I. C. est assurément des plus élevés. Mais il est dangereux si l'on ne prend quelques précautions. De là vient que les protestants ont pu abuser du pieux livre pour appuyer leurs erreurs.
Trois erreurs, en effet, des plus pernicieuses et absolument étrangères à l'I. C, peuvent dériver de cette doctrine. La première, est l'erreur de ceux qui, rejetant et repous-