LIVRE NEUVIÈME
pleine d'harmonie et empressée à vous louer. » III. L, 6.
La paix de l'âme est la récompense du juste sur cette terre.
La paix n'est point seulement la récompense de la liberté de lame, elle est encore une des conditions nécessaires du progrès spirituel.
«Toute notre piété, dit un grand maître de la vie spirituelle dans un livre qui est considéré comme l'un des chefsci œuvre de l'ascétisme, ne doit tendre qu'à nous unir à Uieu par la connaissance et par l'amour, à le faire régner en nous par notre dépendance absolue et continuelle,&par une fidèle correspondance à son attrait intérieur et à tous ses mouvements, en attendant qu'il nous fasse régner avec lu. dans sa gloire. Or, sans la paix intérieure, nous ne pouvons posséder tous ces avantages que très imparfaitement Le trouble interrompt nos méditations : alors notre âme affaiblie ne s élève à Dieu qu'avec peine, et les violentes secousses qu'elle souffre altèrent beaucoup en nous la tranquillité et la solidité de son règne. Notre cœur est toujours son trône, mais c'est un trône chancelant, qui menace d'une ruine prochaine; c'est son siège, mais un siège mal assuré ou il ne peut trouver le repos. Aussi le Prophète dit que Dieu habite dans la paix : « Factus est in pace locus ejus » (Psalm lxxv, 2.) Ce n'est pas qu'il n'habite aussi dans lame du juste agité ; mais il n'y est que comme étranger parce que la confusion qui y règne ne lui permet pas de s'entretenir familièrement avec elle, et que l'agitation qu'il y souffre annonce que son séjour y sera de peu de durée Car une âme qui est encore violemment agitée n'est pas, pour 1 ordinaire, solidement établie dans la justice; mais celle qui s est longtemps soutenue dans la paix est comme une maison établie sur le roc, à l'épreuve des orages et des vents •
Dieu y fait sa demeure avec plaisir et avec assurance. » (P. Ambroise de Lombez. ?c part., chap. i, Du Traité de la paix intérieure.)
La doctrine de notre livre sur la paix est intéressante à étudier. Nous nous y arrêterons à loisir, et nous verrons comment notre auteur donne la paix intérieure pour couronnement à l'ascétisme.
L'auteur de 11. C. revient souvent sur la doctrine de la paix, comme dit un manuscrit précieux de la bibliothèque de Munich. Il s'exprime à ce sujet avec une fermeté, une précision et une élévation de pensée et de langage, sans pareille dans la littérature sacrée et profane. Nous suivrons avec respect renseignement de ce docteur de la paix, et nous essayerons de le mettre dans tout son jour.
La paix véritable, n'étant qu'un prolongement de la joie, provient des mêmes causes qui produisent la joie.
La joie vient de la présence de Dieu dans l'âme fidèle, et du souvenir de la bonté de Dieu, considérée en elle-même et dans ses créatures.
Ajoutez au jaillissement de la joie, provenant du contact de l'élément divin, un caractère de continuité et de stabilité, et vous aurez la paix.
« Aussitôt que tu te seras livré à Dieu de tout cœur, et que tu auras cessé de rechercher ceci ou cela, selon ta fantaisie et ta volonté, mais que tu te seras posé intégralement en lui, tu te trouveras dans l'unité et dans la paix. » IV.
xv, 10.
« Donnez-moi, Seigneur, de me reposer en vous au-dessus
de toutes choses désirées, et de pacifier mon cœur en vous. »