LIVRE NEUVIÈME
ami de la vertu ; ee n'est point en cela que consiste l'avancement et la perfection de l'homme. » III. xxv, 9-1 1.
Il résulte de ces passages, de plusieurs autres que nous pourrions citer à l'appui, que la paix, selon la doctrine de notre auteur, ne consiste ni dans l'impeccabilité ni dans 1 impassibilité : elle consiste dans la fermeté de la volonté accomplissant le bien dans une sorte de sérénité intérieure et extérieure. Le quiétiste enseigne que l'homme peut sur cette terre tellement s'établir dans la paix, qu'il parvienne à un avant-goût de la félicité du ciel. Non moins chimérique, le stoïcien s'imagine qu'il peut arriver à supprimer le mal. L'I. C. reconnaît l'impossibilité de l'état de paix, exempte d'épreuves et de défaillances, de souffrance physique et morale. Nous ne pouvons avoir ici la paix absolue. Il faut nous contenter d'une paix relative. La paix c est la fermeté dans le service de Dieu, malgré toute épreuve. Notre auteur développe cette pensée avec magnificence dans le chapitre xxxni' du livre III : « De l'instabilité du cœur, et qu'il faut mettre en Dieu son intention finale. » La reine Christine ayant demandé à Descartes en quoi consistait le bonheur terrestre : « Il consiste, répondit le philosophe, dans la volonté toujours ferme d'être vertueux et dans le charme de la' conscience qui jouit de la vertu » Le grand philosophe, dans cette réponse, se contentait de résumer la théorie de l'I. C. sur la paix et sur la joie.
Nous retrouvons dans cet enseignement de l'I. C, donnésuivant l'habitude du pieux auteur, avec une allure' libre et un sens éminemment pratique, la fleur de la tradition théologique sur le sujet de la paix. Lorsque Pérault (Summ , v.rtutum et vitiorum. Lyon, 1585, tom. I, p. 7:3) nous parle des conditions de la paix, il ne fait guère que redire avec moins de profondeur toutefois, les leçons données
rI0 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
par II. C. Au dix-septième siècle, Alvarez de Paz (tom. III, p. 672 et seq. Edit. Vives, in-40) conserve dans sa fidélité l'esprit primitif. Mais déjà on voit que l'importance de cette grande doctrine de la paix ne s'impose pas à lui comme aux spirituels du moyen âge. Saint -Jure, au contraire (L'homme spirituel, IIme part., chap. vin), a composé un traité sur la paix, qui, malgré un peu de confusion apparente, est digne d'un maître de la vie intérieure : de même que l'ouvrage renommé du P. Lombez (Traité de la paix intérieure), qui recouvre d'un style élégant une doctrine sage, bien qu'un peu vague et trop délayée.
Mgr Languet, évêque de Soissons, a publié un « Traité du faux bonheur des gens du monde et du vrai bonheur de la vie chrétienne », qui est rempli de suc et qui contient les meilleures traditions ascétiques sur la paix. Nous estimons cet ouvrage bien supérieur à celui du P. Lombez. L'Evêque de Soissons développe ces quatre vérités : i° Si nous avons à goûter sur la terre quelque bonheur, je ne puis le trouver que dans la paix de l'âme, la tranquillité d'esprit, le contentement du cœur. 20 Le monde ne donne point et ne donnera jamais ce contentement et cette paix du cœur, dût-il multiplier à l'infini ses prétendues joies et ses plaisirs. 30 La piété, la vertu, la religion, peuvent seules nous procurer ce solide contentement du cœur, que le monde promet en vain. 40 Tout ce que la piété et la vertu paraissent avoir de pénible, ne détruit pas cette paix et ce contentement du cœur ; ce que le cloître même et l'état religieux ont de plus mortifiant et de plus austère, ne peut mettre obstacle à son vrai bonheur.
Néanmoins, cette tradition sur la paix n'est pas d'une origine exclusivement chrétienne. Elle remonte aux plus nobles sources de la philosophie antique.