‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 267 sur 336 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

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La paix chrétienne cl Falaraxie philosophique. — « Dans h longue période qui s'étend des premiers successeurs d Anstote au premier siècle de l'ère chrétienne, c'est un caractère commun à toutes les sectes qui se disputent l'empire de la philosophie, de ne rien chercher, de ne rien supposer par delà la nature, en y comprenant l'homme ■ plus de science qui prétende dépasser la physique. Un second caractère également commun à toutes les sectes c'est de tendre sur toutes choses à h pratique, à la morale, et de faire consister dans la découverte du souverain bien de homme, ou Tunique ou la principale fin de la philosophie. Un troisième caractère dont elles sont toutes marquées. c est de considérer comme le principe, ou au moins comme la condition indispensable du souverain bien et de la félicité, l'entière exemption de trouble, l'ataraxie (àtapaÊfa). Or ce qui trouble l'homme, c'est ou la passion ou l'opinion,' celle-ci dans l'entendement, celle-là dans la volonté ; Tune dans l'ordre de la pratique, l'autre dans celui de la spéculation. En conséquence, suivant toutes les sectes que cette période voit naître, le souverain bien esta deux conditions l'absence de passions (*7r*0sta) et l'absence d'opinions (**o;rf\ Trouver une règle immuable de vie et une mesure assurée de certitude et de savoir, ce sont deux problèmes qu'elles se proposent toutes. Toutes enfin, elles prétendent, en fondant sur la double base de l'absence de passions et d'opijfaons l'ataraxie absolue, réaliser, dans la condition humaine, te sagesse, réservée, par Pythagore, Platon et Aristote, à Dieu seul. Tous poursuivent l'idéal du Sage. » (Ravaisson. Essai sur la métaphysique d'Aristote, tom. II, p. 65.)

Le christianisme a les mêmes préoccupations que la aine philosophie. Il ne se borne pas à faire entendre à 'homme les promesses de la vie future ; il veut aussi lui as-

surer les satisfactions de la vie présente. La religion a son

ataraxie.

La foi donne au chrétien la sécurité intellectuelle. Le sceptique, en n'établissant et en ne renversant rien, en n'affirmant et en ne niant quoi que ce soit, par Y^o/'fh ainsi que disait Sextus Empiricus, cherche à se procurer la tranquillité intellectuelle, qui est l'une des parties de l'ataraxie. Le chrétien y arrive par un procédé contraire, parla foi, qui établit l'âme dans une certitude exempte du trouble inséparable du conflit des doctrines. L'autorité de Dieu faisant disparaître les doutes, l'esprit humain échappe ainsi à l'opinion pour se reposer dans la certitude par la foi.

Mais l'ataraxie ne consiste pas seulement dans la quiétude de l'esprit ou l'êwojtf, elle demande encore le calme de la volonté ou i'àwxôei*. C'est de l'apathie que nous avons surtout à nous occuper ici, parce que c'est de la paix du cœur que s'occupe surtout l'auteur de PL C. 11 avait, cornme les esprits du moyen âge, la tranquillité intellectuelle. La foi suffisait si bien à nos pères, qu'en dehors de ses enseignements, ils ne voyaient que non-sens ou contradictions. Comme ces habitants des îles éloignées qui s'imaginaient que le monde ne s'étendait pas au delà de leurs horizons, les chrétiens du moyen âge se figuraient, difficilement, un royaume de la pensée autre que celui du christianisme. Mais l'esprit peut être reposé et le cœur agité. La foi des chrétiens du moyen âge était inébranlable, mais leurs passions ne laissaient pas d'être violentes. Comment arriver au calme du cœur comme à celui de la tête ? Comment se fixer dans l'apathie ?

L'Église a, dès le commencement, repoussé l'impassibilité et l'impeccabilité philosophiques. Elle n'a jamais admis, que l'homme pût être sans concupiscence ni .péché, qu'il pût vivre sans tentations ni chutes.

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