LIVRE NEUVIÈME
lib. VI, cap. xv), ^adressant aux stoïciens, que votre propre expérience. Qui peut voir sans douleur sa patrie dépeuplée par la peste, ravagée par les ennemis, gémissante sous la cruauté d un tyran ? Qui peut voir sans peine ses parents, ses amis, et les gens de bien, privés de leur liberté persécutés, ou cruellement massacrés ? Il faut être tombé dans la stupeur pour être insensible à tout cela : Nisi cujus mens ita obstupuerit, ut sit ei sensus omnis ereptus. » II est surprenant que des philosophes, qui passaient pour sages et vertueux, n'aient pas fait réflexion, qu'en déracinant du cœur tous les mouvements des passions, ils détruisaient la matière des vertus morales, qui ne peuvent subsister sans el es : « Parce que, dit saint Thomas, si la vertu retranchait les passions, la partie sensitive resterait dans I oisiveté, et la vertu même serait sans exercice; puisque son action propre est de redresser et de modérer les mouvements déréglés des passions. »(Summ$) 1.2.W5 )
Quand on aurait trouvé le secret de calmer l'esprit et de le mettre hors des atteintes de toutes les images des choses extérieures, il faudrait encore pour être imperturbable rerancher toutes es passions; « ce qui est aussi difficile, dit Lac tance, que d oter la crainte aux cerfs, le venin aux serpente, ,c rugissement aux lions, la douceur aux brebis • caria nature a réuni dans l'homme tous ces mouvements quelle a imprimés dans les bêtes. Il faut avoir perdu le *ns conclut-il pour vouloir retrancher de l'homme ce uil a reçu de la nature. » (Inst. divin., De vero cultu, 10. v, cap. xv.) ?
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rxS LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
L'Église n'admet pas plus l'état de l'impeccabilité que celui de l'impassibilité. « Quiconque croit, dit le concile de Milève (Concil. Milivit., sess. n, can. 6, 7 et 8), que ce n'est que par humilité que nous confessons que nous sommes pécheurs, et non pas parce que cela est ainsi, qu'il soit anathème : Quisquis sic accipiendum putat, ut dicat, propter humilitatem oportere dici nos habere peccatum, non quia veritas est, anathema sit. » Le concile de Trente enseigne la même doctrine : « Si quelqu'un dit que l'homme qui a été justifié ne peut plus pécher ni perdre la grâce, ou que, pendant toute sa vie, il peut éviter toutes sortes de péchés, même véniels, si ce n'est par un privilège spécial, comme la sainte Église le tient de la sainte Vierge, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. VI, de Justifkat., can. 23.) Ce n'est là que le développement des enseignements apostoliques. L'Église reconnaît que les Apôtres furent revêtus de privilèges extraordinaires. Ils avaient le don des miracles. Ils étaient confirmés en grâce. Dans cet état, ils ne pouvaient tomber en de graves fautes, mais ils n'étaient pas exempts d'imperfections légères : « Nous tombons tous en beaucoup de fautes, » disait saint Jacques. (Epist. m, 2.) Et saint Jean ajoute (I Joann. 1, 8) : « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous \ »
« « Ces nécessités (parmi lesquelles saint Fulgence comprend la concupiscence de la chair contre l'esprit) ne cessent pas dans ce corps de mort, tant que les saints vivent de cette vie mortelle, et cela afin qu'ils sachent qu'ils ont perdu la grâce de la liberté sainte et de la paix primitive.» (S. Fulgence. De vent, praed. et
erat., cap. xvi.) . ..
L'homme est passible par nature. La chair se porte naturellement vers ce qui lui est harmonique. L'esprit tend vers Ce qui lui convient. Etre ainsi impressionné, c'est subir un mouvement nécessaire de notre organisme. Or ce mouvement instinctit n est