LIVRE NEUVIEME. r
« Donnez-moi, dit saint Jérôme, un corps qui n ait jamais été malade, ou qui, après avoir recouvré la santé, soit assuré d'en jouir toujours, et je vous accorderai qu'il y a quelque âme qui n'aura jamais péché, ou qui après avoir acquis les vertus ne péchera plus, ce qui est également impossible : Et dabo tibi animam qua2 nunquam peccaverit, nec post virtutes deinceps peccatura sit. » (S. Hieron Iib. III, advers. Pelag.)
L'esprit de l'homme étant naturellement léger et inconstant, et n'ayant pour objet que les choses périssables et changeantes, ne peut s'affermir dans une habitude constante de faire toujours le bien. « Il est impossible, dit excellemment Clément d'Alexandrie (lib. VIStrom.), que ce qui est inconstant et dans un changement perpétuel se puisse fixer et devenir immuable; puis donc que c'est le propre de l'esprit de l'homme d'être dans un mouvement continuel, et agité sans cesse par les idées des choses extérieures, il ne peut demeurer dans un état d'immobilité, ni dans une habitude constante de la vertu. »
Signalons ici la différence essentielle, qui existe entre les enseignements chrétiens et les doctrines de provenance païenne. Cette considération pourra servir de critique générale aux systèmes philosophiques, que nous avons quelquefois pris pour terme de comparaison, dans le cours de notre ouvrage.
Comment n'être pas surpris de la tendance manifestée pas le mal. C'est une nécessité qui entraîne à d<
£1S. SUiCUe à " ~P« e, - c"es'r.à sa cond":
r20 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
par certains esprits qui, depuis quelques années, se laissent aller volontiers à tenir le christianisme pour une simple évolution de l'esprit humain ? Autrefois, on s'abandonnait à l'exagération contraire : tous les philosophes, Platon aussi bien que Sénèque, avaient puisé dans les Livres saints ce que leurs écrits contenaient de vérité. La raison humaine était déclarée absolument impuissante. Aujourd'hui, c'est l'action divine qui est jugée inutile. Pour expliquer le christianisme, il suffirait d'admettre la combinaison de certaines théories platoniciennes ou stoïciennes, et de quelques conceptions orientales. L'esprit humain a produit la nouvelle religion, tout naturellement : il n'est pas besoin de recourir à une hypothèse surnaturelle.
Le point de départ de ces erreurs est pris surtout de la conformité des enseignements spiritualistes et chrétiens surla conduite morale1. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit. Fais à autrui le bien que tu souhaites. Sache te sacrifier pour les autres. Ces règles des mœurs humaines sont les mêmes pour tous les hommes, qu'ils soient les disciples de la raison ou de la religion. Elles ne peuvent être différentes, car la loi naturelle et la loi révélée 'venant de l'auteur suprême du monde ne peuvent se contredire. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la morale du spiritualisme.
Mais ce n'est point sur le terme qu'il convient d'arrêter
notre réflexion.
i Entre l'école du Portique et l'Évangile il existe des différences essentielles ; mais, quelque distinctes et séparées que soient ces doctrines, un trait leur est commun : toutes les deux s'accordent à faire prédominer l'âme sur le corps, l'esprit sur a matière à prêcher le détachement des choses périssables, le goût des biens surnaturels, l'exercice des plus austères vertus. (Aubertin. Sénèque et saint Paul, p. 5, in-8°. Pans, 1869.)