‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 273 sur 336 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

Cependant, le stoïcisme dans sa première rencontre avec le christianisme n'a pas laissé de marquer son empreinte en quelques endroits. Il y a eu infiltration. Les eaux philosophiques trahissent leur présence dans la théologie. On en voit la preuve dans les « Stromates » de Clément Mais bientôt le partage se fait. Quelle différence de langage entre Clément d'Alexandrie et l'auteur de II. C. !

Dans les « Stromates », il semble que l'orgueil de la science s'affiche à toutes les pages : il n'est question que de la grandeur scientifique, et nulle part du bonheur (Honorer. Le parfait de l'Alexandrin, quel est-il? Le gnostique, c'est-à-dire, le savant. On reconnaît bien l'influence du stoïcisme. Par les enseignements de saint Pantène il a pénétré dans le Didascalée, et s'est fait jour dans les'écrits de Clément, disciple ardent, qui a sans doute exagéré la doctnne du maître. L'humilité n'y est pas prêchée avec la passion convenable à un fidèle du Christ. Les prétentions originaires du Portique ne sont pas exilées. L'homme vulgaire ou pathique est traité de haut par l'Alexandrin, comme les faux savants du gnosticisme méprisent les matériels psychiques et les pneumatiques. Les vertus communes sont maltraitées, à l'honneur de la contemplation et des états extraordinaires. Quelque soin que l'on ait pris d'adoucir le système de Clément, il n'en reste pas moins que sa doctrine superbe ne peut être acceptée sans réserve. Elle a de trop grands ans pour être de race exclusivement divine : le sang des philosophes s'y accuse nettement.

Dans l'I. C, rien de semblable. Tout est chrétien La science est remise à sa place, bien après la vertu. Les petites vertus ont le pas sur les éclatantes. L'humilité est la reine de la vie chrétienne. Les petits et les malheureux sont préférés aux grands et aux fortunés. L'épuration est

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complète. Le courant ne roule plus des flots impurs. D'un bout à l'autre du discours, c'est l'accent de Jésus-Christ, sans mélange d'accent athénien ou romain. L'assimilation, s'il y en a, est si complète, que rien d'étranger ne se reconnaît.

UI. C. et la Somme théologique. — En lisant attentivement le texte de l'I. C, nous ne pouvons nous défendre de penser, que le pieux auteur avait une connaissance approfondie de la doctrine de l'apathie, et qu'il s'est proposé de ne donner aucune prise aux erreurs qui en sont la suite. Les termes qu'il emploie sont formels et les moindres nuances y sont nettement indiquées. Si Fauteur, en s' exprimant comme il Ta fait, a parlé d'inspiration, il faut reconnaître que son inspiration a été prodigieuse ; car elle lui a donné une sûreté et une précision doctrinales auxquelles saint Thomas d'Aquin, lui-même, n'est pas arrivé.

Examinons l'enseignement de la « Somme », puisé dans cette admirable seconde partie qui reste encore le produit le plus élevé du génie moraliste.

Quelle est la question ?

C'est de savoir si la vertu peut être si parfaite en un homme, qu'elle ne soit accompagnée ni de tentations ni de chutes.

Saint Thomas distingue deux sortes de vertus : i° les vertus civiles et politiques, vertus communes et ordinaires, que doivent pratiquer tous les hommes, s'ils veulent vivre selon la droite raison ; 2° les vertus exemplaires, qui ne se trouvent qu'en Dieu seul, et qui sont le type des vertus humaines.

Entre les deux extrémités des vertus civiles et exemplaires, le saint Docteur signale deux autres groupes de vertus tenant

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