‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 274 sur 336 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

le milieu, par lesquelles les vertus civiles sont reliées aux vertus exemplaires, et l'homme rendu semblable à Dieu autant que faire se peut : i° ce sont d'abord les vertus purifiantes (purgatonae), qui, purgeant l'âme de ses taches, sont propres à ceux qui aspirent à reproduire en eux la perfection exemplaire ; 2° ce sont ensuite les vertus propres à ceux qui sont arrivés à la divine ressemblance, autant qu'une pure créature en est capable : ce sont les vertus de l'âme pure fourni animi). r &

Cette classification permet de répondre avec une particulière précision à la question posée plus haut : La vertu peutelle être si parfaite, qu'elle ne soit accompagnée de quelque tentation ou chute ?

Saint Thomas répond : « Les vertus civiles, et par ce terme nous pouvons entendre ici toutes les vertus morales naturelles, modèrent les passions, quoiqu avec peine et travail : Politicae virtutes molliunt passiones, id est ad médium reducunt. » Il dit ailleurs « que les passions sont modérées par les vertus acquises et infuses, et qu'elles empêchent que l'homme ne soit entraîné avec violence par les mouvements déréglés des sens : Tarn per virtutem acquisitam, quam infusam, passiones modificantur, ut ab his homo non effrenate moveatur. » (L. I, De virtut., art. 10 ad i4 ) Les vertus civiles ne retranchent donc pas les mouvements dérègles, non plus qu'elles n'assurent l'impeccabilité, même lorsqu'elles sont parvenues à l'état de perfection. Cependant, ces vertus empêchent que l'homme d'une vertu parfaite consente aux tentations et au mal, avec entière délibération. La perfection naturelle ne protège pas l'homme contre les surprises des sens, mais elle lui donne la force de ne pas prêter complaisance raisonné* à leurs suggestions « 1 assiones inordinatx non possunt esse in virtuoso ita

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quod post deliberarionem eis consentiatur, si autem subito oriantur, hoc in virtuoso potest aecidere. » (Part. II, q. 59, art. 2.)

Quant aux vertus purifiantes et purifiées (purgatoriar et purgati animi), saint Thomas enseigne que les premières ôtent les passions, et les secondes les oublient : « Purgatoriae auferunt passiones ; purgati animi obliviscuntur. » Le grand scolastique avait déjà donné la môme solution, en examinant « si la vertu peut être sans nulle passion ». (Part. IL q. 59, art. 5.) Il avait exactement défini le sens du mot passion. « Si nous considérons, disait-il, les passions comme des propriétés et des puissances de l'appétit sensitif, partie constitutive de l'homme, il est impossible que la vertu ne soit accompagnée de passions ; ce qui est indubitable, car la tempérance la plus parfaite n'arrivera jamais à supprimer la faim et la soif. Mais si nous considérons les passions, quant aux mouvements, quant aux désirs déréglés qui se portent aux plaisirs des sens, il est évident, dit saint Thomas, qu'une vertu parfaite peut avoir tout à fait soumis les passions : Sic manifestum est quod virtus perfecta est sine passionibus. »

Qu'est-ce à dire ? Saint Thomas ne tomberait-il pas ici dans Terreur que l'on reproche aux partisans de l'apathie ? La vertu parfaite serait donc impassible et par là impeccable ?

Les interprètes les plus autorisés de saint Thomas sont embarrassés par ce passage. Ils se gardent bien de reconnaître que le saint Docteur a pu commettre une erreur ou tomber en contradiction. Ils peuvent, heureusement, corriger ou expliquer la solution du Maître par d'autres textes. Non, disent les Carmes de Salamanque (Salmant. super hune locum), les vertus purifiantes et purifiées n'ôtent pas,

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