LIVRE NEUVIEME
n oublient pus les passions, de telle sorte qu'elles retranchent toutes les tentations. Certes, les âmes qui possèdent ces vertus sont élevées à l'état le plus parfait auquel on puisse être élevé en cette vie, axee les secours de la grâce ordinaire. Néanmoins, ce que ces vertus ôtent, ce qu'elles oublient des passions, ce sont les caractères de violence et de perversité. Elles n'exemptent pas des tentations légères ou des péchés véniels. Que ces troubles soient tels de leur nature, par légèreté de matière ou défaut de délibération, ils ne sont pas incompatibles avec la vertu parfaite.
Il n'est pas possible d'en disconvenir : les thomistes de Salamanque modifient une des conclusions de saint Thomas. Il est vrai qu'ils renvoient à d'autres ouvrages du grand scolastique, en particulier à celui où le saint Docteur enseigne, que toute la rébellion de h partie irascible et de la partie concupiscible contre la raison, ne se peut retrancher par la vertu (De virtut., q. r, art. 4). Nous signalerons un autre passage (De virtut., q. 5, art. 1 ad 6 », où saint Thomas rappelle que saint Paul était travaillé de tentations importunes, à cause de la concupiscence ; mais elles n'étaient m fortes, ni violentes, parce qu'il châtiait son corps et le tenait en servitude. Or, saint Paul avait toutes les vertus, civiles, purifiantes, purifiées, à un degré partait.
L'auteur de l'I. C. na pas hésité en un point où saint Thomas d'Aquin a été indécis. La doctrine du livre affectif est plus arrêtée et plus exacte que celle du livre scolastique. « Tant que nous vivons dans ce monde, nous ne pouvons être sans tribulation ni tentation... Si parfait et saint qu'on soit, personne qui n'ait parfois des tentations, et elles ne peuvent nous faire complètement défaut... Tous les Saints ont passé par beaucoup de tribulations et de tentations... Il n'est Ordre si saint, ni lieu si retire, où Ion ne
r2g LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
trouve des tentations ou des adversités. Nul homme, tant qu'il vit, n'est totalement préservé de tentations, car nous en avons la source en nous, étant nés dans la concupiscence. Une tentation ou tribulation s'éloignant, une autre survient, et toujours nous avons quelque chose à souffrir, car nous avons perdu le bien de notre félicité... Le feu éprouve le fer, et la tentation, l'homme juste. » I. xm, i et suiv. — « Aucun saint n'a jamais été si haut ravi ou illuminé, qu'avant ou après il n'ait eu des tentations. » II. ix, 29. — La même doctrine se trouve non moins expressément rappelée dans les chapitres xne, xive et xxxve du livre III.
Voilà pour l'impassibilité : voici maintenant pour l'impeccabilité.
Le chapitre xive du livre III : « Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne point s'enorgueillir du bien qu'on fait, » est à lire tout entier. L'écrivain qui a composé ce chapitre ne saurait être soupçonné de pencher vers l'impeccabilité humaine.
a Tu es homme et non Dieu, tu es chair et non pas ange. Comment pourrais-tu toujours persister dans le même état de vertu, quand cela ne s'est pas réalisé pour l'Ange dans le ciel, pour le premier homme dans le paradis, qui n'ont pas longtemps persévéré? » III. lvii, 7. — « Toute perfection dans cette vie a quelque imperfection qui lui est attachée. » I. m, 21.
Ce sont là quelques exemples de l'exactitude dont ne se départ jamais l'auteur de II. C, lorsqu'il traite du sujet de l'apathie.
Les Saints n'arrivent pas ici-bas à une paix parfaite ; mais ils atteignent la paix la moins imparfaite que puisse rencontrer l'humanité.
Rien n'est plus arrêté que la doctrine du passage suivant :
LIVlu: NEUVIÈME
« Que si tu parviens au plein mépris de toi-même, sache qu alors tu jomras de l'abondance de la paix, autant ou'i est possible dans ton exil. „ III. XXV) rj q
Ici, comme en toutes autres circonstances, nous pouvons emarqucr, a le pieux ^ ^^ ^JJ «,
traordmaire de la pasaon et de la raison, qui a su inspirer tant de pages où l'on trouve les élans les p us vifs alHesà la doctrine la plus rigoureusement exacte
Depms saint Thomas, les théologiens ont poussé la question plus avant. Ils reconnaissent : r° que le juste Lt
-e; Tu" tCCS 0,'dinaireS' éVker WUS k» *** --'s - qu il peut encore, sans privilège, mais avec une «râcê
Pins ou moins spéciale, plus ou moins forte, se préserver Je tout péché môme véniel, pendant un certain ten p plus ou moins considérable. P
Mais ce juste qui, dans le principe, éviterait tout péché n eme veme en répondant aux grâces ordinaires, n'obtien d iMl pas des grâces particulières ? Et, en répondant à ces grâces particulières par une fidélité parfaite à s'éloigne" d tout péché ne finirait-il pas par obtenir le privilège! 1 impeccabihté qui a été accordé à Marie >
« Nous ne le croyons pas. dit le cardinal Gousset ; Dieu
dan eT! PTS' et,CeLl ^ "0US Parak P°int entrer dans le cours ordinaire de sa providence. Mais il n'y a rien
dns les deasions de l'Eglise, qui soit contraire à l'opinion
quelques théologiens qui pensent qu'on peut absolu"
ment obtenir ce nriv Wèoe c-mc f-n.i+~c • 1 , .
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-ment. » (Théol. dogmatique, édit. de :866, p \ j0 )