LA CONTEMPLATION
Comme la paix est un résultat de la liberté de l'âme, ainsi la contemplation est quelquefois un résultat de la paix fécondée par l'amour divin.
« Quand l'âme, par des luttes héroïques contre l'égoïsme de la chair et l'égoïsme de l'orgueil, a écarté le grand obstacle à son union avec Dieu, quand elle a purifie ses sens en les élevant des spectacles visibles aux réalités supérieures qu'ils représentent, sa conscience, en faisant de ce miroir terni par le vice un miroir clair et poli où Dieu, comme naturellement, vient se refléter, sa volonté enfin, en la détachant d'elle-même pour l'assujettir absolument a la volonté suprême, il peut se produire en elle un phénomène dont on ne s'étonnera pas, si l'on veut bien réfléchir aux mystérieuses et réciproques influences de l'esprit et du cœur, de la pensée et de l'amour ; l'âme devient contemplative, c'est-à-dire qu'un regard simple et pur, amoureusement arrêté sur celui qui est le bien absolu, dégagé de toute contention d'esprit, de tout raisonnement/en un mot de tout acte discursif, lui fait voir plus de vérité dans l'ordre des choses divines, et lui fait mieux sentir que les longs raisonnements et les longs discours. Cette disposition habituelle à la contemplation, cette oreille constamment attentive à écouter la parole que le maître intérieur fait entendre au fond de la conscience, ce cœur que l'amour expose à decouvert pour attendre la rosée céleste à l'heure où il plaira à Dieu de la faire descendre, ce sont là encore autant de
LIVifK NEUVIÈME.
traits auxquels à toutes les époques, et chez les génies d'ailurs les p us dlverS; chez Bossue£ cQmme chM £ 1
santé Thérèse comme dans saint Bonaventure, on r con naîtra le mysndsme chrétien et les œuvres qu'il a inspirées , (De Margene. Philosophie de saint Bonaventure, p. Ts, C est la doctrine même de l'I. C :
« Pourquoi quelques Saints ont-ils été si parfaits et si contemplatifs ? C'est qu'ils se sont appliqués à Lrt fier e» tièrement en eux-mêmes tous les désirs terrestres • au si ont-,ls pu adhérer à Dieu de toutes les moelles d cœur e vaquer hbrement à eux-mêmes. Pour nous, nous sommes trop dornmés par nos propres passions, et n'ous avc^"
nous œmnlL ^ " '• "^^ ^^ aussi s~snous complètement vainqueurs même d'un seul vice ■ nous
n avons pas non plus d'ardeur pour le progrès de ££
lour, c est pourquoi nous restons froids et tièdes. Si nous
p. canon dame, alors nous pourrions goûter ce qui est d v n, et éprouver quelque chose de la céleste con tem p non. L empêchement le plu, grand, l'empêchement intégral, c es que nous ne sommes pas libres des passions et es concup.scences, et que nous ne nous efforçons p s 'en t.er dans la voie parfaite des Saints. ,> I. x, 4 On ne saurait assez insister sur ce passage. II nous en-
oX SU<? r PeUt aSpirer " k i°uissa»« «es suavuî spirituelles de la contemplation, qu'à la condition de présenter a Dieu une âme libre. P
Le sort sublime de la contemplation ne peut être que le privilège de ceux qui, avec un soin extrême, pur fiaii le
parole de Jésus-Christ : « Bienheureux les cœurs purs car * verront Dieu. » Cette promesse n'aura son cTmp'eSt
r->2 LA DOCTRINE DU LIVRE DP l. C.
que dans le ciel. Un avant-goût en est accordé sur la terre à ceux qui, après avoir unifié et simplifié leur âme, se tournent vers Dieu avec un ardent amour.
« Les vertus morales, dit saint Thomas, appartiennent, comme dispositions, à la vie contemplative. L'acte de la contemplation, en effet, se trouve empêché, ou par la véhémence des passions, lesquelles ont pour effet de détourner l'âme des choses intelligibles pour la plonger dans les choses des sens, ou bien par le tourbillon des objets extérieurs. Or, les vertus morales arrêtent la véhémence des passions et calment le tumulte des occupations extérieures. Par conséquent, les vertus morales appartiennent à la vie contemplative, comme des dispositions à cette vie.» (2.2. /clxxx/ 2.) En termes scolastiques, c'est la même vérité qui est enseignée par 11. C. dans un langage tout autrement expressif et énergique : « Il faut que tu sois nu, et que tu portes à Jésus un cœur pur, si tu veux rechercher et reconnaître combien le Seigneurest doux. Et réellement tu n'y parviendras pas, à moins que, prévenu et entraîné par sa grâce, tu ne t'unisses seul à lui seul, après t'être vidé de tout et avoir tout congédié. » IL vin, 30.
Le pieux auteur revient ailleurs sur cette même pensée et l'exprime avec une nouvelle énergie : « Mon Seigneur, j'ai encore bien besoin d'une plus grande grâce, si je dois parvenir au point où personne, ni aucune créature, ne pourra m'être un empêchement. Car, aussi longtemps que je suis retenu par quelque chose, je ne puis rn envoler libre vers vous. Il désirait l'essor libre, celui qui disait : « Qui « me donnera les ailes de la colombe ? et je volerai, et me « reposerai. » (Psalm. liv, 7.) Qu'y a-t-il de plus au repos que l'œil simple ? et qui est plus libre que celui qui ne désire rien en terre? Il faut donc dépasser toute- créature, et