LA CONSOLATION
La contemplation, avons-nous dit p. 213, produit deux effets, la jouissance et la vision, en d'autres termes, la consolation et l'illumination.
Arrêtons-nous quelques instants à ces deux phénomènes de la vie totale pour Dieu, sur lesquels l'I. C. revient avec une insistance particulière.
Celui qui aime Dieu avec ferveur ressent, parfois cette impression de pieuse félicité, dont l'existence est signalée par tous les auteurs qui ont écrit sur la vie mystique : « Ma fille, dit un jour le Seigneur à sainte Brigitte, mes trésors paraissent entourés d'épines ; mais pour qui surmonte les premières piqûres tout se change en douceurs. » Ces douceurs spirituelles, Dieu les fait goûter aux cœurs fervents dans les épreuves aussi bien que dans les prospérités de
la vie.
Les consolations mystiques surpassent toutes les joies que 1 on peut trouver ici-bas : « Une seule goutte des consolat.ons célestes, dit sainte Thérèse, vaut plus que toutes les consolations et tous les plaisirs du monde. » — « Enivré o Jésus, de votre saint amour, dit saint Bernard, on goûte ce que vous êtes. Qu'heureux est celui qui en est rassasié ' Rien ne manque à sa félicité. » - , Je n'étais consolé, dit
r^6 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
Rulman Merswin, que lorsque le Seigneur mon époux me consolait lui-même. La sublime fête de la consolation surnaturelle revenait tantôt tous les quinze jours, tantôt toutes les semaines, parfois plus souvent encore. « (Jundt. Les Amis de Dieu, p. 145.) — « L'homme, dit-il encore, qui reçoit une seule gouttelette de la fontaine divine, est aussitôt éclairé dans les forces supérieures de son âme ; toutes les créatures terrestres deviennent néant pour lui ; il est entraîné si loin qu'il ne peut ni comprendre par la raison où il est, ni exprimer par le langage ce qu'il ressent. » (Ibid., p. 149.)
L'I. C. dit à son tour :
« On n'a pas de peine à mépriser la consolation humaine1, quand la divine est présente... Quelle merveille qu'il ne sente pas la charge, celui qui est guidé par le Tout-Puissant, et qui est mené par le suprême Conducteur ! » II. ix, 1 et 5. — « Quelles sont les personnes du siècle, qui n'accepteraient volontiers la consolation et l'allégresse spirituelle, si elles pouvaient l'obtenir toujours ? Car les consolations spirituelles dépassent toutes les délices du monde, et toutes les voluptés de la chair. » II. x, 3.
La consolation mystique consiste à sentir la présence de Jésus-Christ.
« A l'homme intérieur, visite fréquente, doux entretien, agréable consolation, paix abondante, familiarité admirable au delà de tout. » IL 1, 7. — « Quand Jésus est présent, tout
1 L'auteur de PI. C. emploie indifféremment, pour désigner la suavité spirituelle accordée à l'amour fervent par la bonté divine, les termes de consolation, grâce, dévotion, joie.
Le mot de consolation, devenu d'un usage si fréquent dans la littérature mystique, semble avoir été emprunté au passage suivant de saint' Paul : « Béni soit le Seigneur, Père de toute consolation, qui me console dans toutes mes disgrâces; au milieu des plus'grandes détresses la joie surabonde en moi'.»