LIVRE NEUVIÈME
Les consolations sensibles ne sont souvent que le produit du tempérament surexcité, qui, s'exakant et devenant ému sous 1 influence de la pensée, éprouve une impression de contentement extérieur et intérieur. Ce sont des consolations.inférieures, consolations provenant fréquemment de la réaction inévitable du corps replet sur une âme excitable' « La consolation est dite spirituelle, selon le cardinal Bona quand elle n'existe que dans l'âme; sans écoulement dans la partie sensitive. C'est ainsi qu'il arrive souvent que la partie inférieure est aride et désolée, tandis que la partie supérieure jouit d'une satisfaction sereine. La consolation est dite sensible, lorsqu'elle n'affecte que la partie inféneure. »
H va de soi que la consolation spirituelle peut être produite par des affections humaines aussi bien que par des affections divines. Toute inclination terrestre, poussée à un certain degré d'intensité, produit une sensation de satisfocnon spirituelle. L'avare, l'ambitieux, aussi bien que le père et I ami, éprouvent des joies spirituelles en pensant à l'objet de leurs préférences. L'I. C. ne parle de ces consolations humâmes que pour les écarter. Notre pieux livre ne veut recommander, que les consolations qui viennent de l'amour et de la connaissance de Dieu. Ce sont les consolations quil appelle divines.
A leur tour, les consolations spirituelles divines se divisent en deux groupes : celles des commençants et celles des fervents Les premières sont le lait des enfants, les secondes sont le pain et le vin des adultes et des hommes faits Les unes sont tou)0urs de grand prix (tout ce qui vient de Dieu est grand), aux yeux de ceux qui, étant déjà entrés dans la voie de la vertu, ont fait des progrès; mais ils les regardent comme une faveur passagère, et sans racines, tandis qu'ils
-p LA DOCTRINE DU LI^RE DE I. C.
soupirent après les autres, quand elles leur manquent, et ils s'efforcent de les retenir, quand ils les possèdent.
Quand l'I.C- parle de consolation spirituelle divine, comme, par exemple, au chapitre xve du livre IV, il faut entendre qu'elle traite de celle des parfaits et des mystiques, et non de celle des faibles et des commençants. C'est une distinction capitale ; si on la néglige, on arrivera à confondre les ferveurs du moment, sensibilités quelquefois équivoques, avec la consolation mystique.
Consolation véritable.— Il y a de vraies et de fausses consolations. Les fausses proviennent du démon et de la nature. On reconnaît la consolation véritable, a dit Denys le Chartreux, aux signes suivants : i° si on examine soigneusement sa conscience ; 2° si on s'applique à éviter tout grave péché ; 30 si on poursuit l'honneur de Dieu et le salut des âmes, sans recherche de son propre avantage ; 40 si on préfère la soumission et l'obéissance au commandement et à la prééminence; 5 ° si on pardonne les injures ; 6° si on est exact aux devoirs de sa vocation.
Celui qui observe ce qui précède, peut former le jugement prudent, que la consolation dont il jouit provient de
Dieu.
Les écrivains spirituels modernes ont plus de précision. Ils donnent les propriétés suivantes à la véritable consolation : i° elle accompagne la charité ; 20 elle augmente la charité; 30 elle ne lasse pas; 40 elle est un avant-goût de la félicité céleste ; 50 elle nous transporte jusqu'en Dieu. Cf. Rossignol. De discipl. christ, perfect., lib. II, cap. xxxviii.
Afin d'éviter, autant qu'il est possible, les périls et les désordres que peuvent amener les consolations- divines, car