LIVRE NEUVIÈME. rs
troverse est un beau modèle de discussion scolastique. Les édtteurs de Rome, des oeuvres de saint Bonaventure restent cet opuscule du catalogue des œuvres du Doc'teur seraphique, parce que le style en est diffus et obscur le partagerais plutôt le sentiment de Marc de Lisbonne, qui ne trouvait n. le style ni la doctrine indignes de saint Bonaventure. En résumé, la pensée de l'écrivain se trouve dans le passage suivant : « Lorsque le cœur s'est longtemps exerce par la méditation et s'est élevé vers Dieu, arrivé \ ce point, la pensée devient inutile. Le désir amoureux suffit pour obtenir, quand il plaît à J'âmë fidèle, de jour ou de nuit, dehors ou dedans, l'union avec le bien-aimé \ ce moment, l'amour précède la pensée. Car ce qu'éprouve le cœur, 1 esprit le perçoit. ., - Vous voyez la pensée. L'écrivain ne me pas l'adage : « Invisa possumus diligere incognita nequaquam. >, Non : il faut admettre que Dieu est préalablement connu; il faut même admettre que la plupart des hommes ne peuvent pas s'élever à l'amour mystiquem«s le parfait quia longtemps exercé son cœur et l'a rendu' digne de Dieu, il peut espérer, à un certain moment, d'appréhender Dieu sans le secours des procédés intellectuels Iourquoi cela? Est-ce par une puissance particulière de amour? Est-ce que l'amour, en particulier, a des propriétés cognoscitives dont il communiquerait à la raison les résultats surprenants? Loin de là. C'est que Dieu attiré par un amour pur et ardent, s'incline vers le cœur qji rappelle. Le cœur du mystique ressemble alors à la pierre oui est attirée vers le centre de la terre, à la flamme qui s'élève naturellement dans l'air. L'âme passionnée pour Dieu! l'Ame du mystique, en est arrivée à monter instinctivement inconsciemment, vers Dieu et s'unit à lui. Dans cette union dans ce contact, ex ipso contactu, l'âme recueille une véri-
LA DOCrilINF. DU LIVRE DF I. C.
table science pour l'esprit : « Relinquitur in mente verissima cognitio intellectus. » Comment pourrait-il en être autrement ? C'est Fauteur de toute connaissance, c'est le principe des principes, l'idée des idées, c'est la science souveraine à qui l'âme s'est unie par l'amour1. Est-il possible que son influence ne se fasse pas sentir à l'esprit ? Le foyer d'amour est aussi un foyer de lumière. « Alors, dit notre scolastique, l'esprit est merveilleusement éclairé dans sa recherche des choses obscures ; alors les imaginations et les fantaisies sont dissipées ; alors le désordre des sens extérieurs est réprimé par un frein intérieur ; la sensualité charnelle elle-même est diminuée, car plus l'âme s'élève vers Dieu par ses aspirations, plus l'infirmité de la, chair est di-
minuée. »
' Pour parvenir à cette union de l'esprit humain avec I esprit de Dieu et pour se rendre savant en la théologie mystique ni le, livres, ni les docteurs, ni la subtilité d'esprit ne sont nullement nécessaires, car il n'y est pas besoin d'un grand travail ou d une grande étude; Dieu seul éLant comme le maure qui enseigne cette divine science, ou qui communique le don aux âmes pures et principalement aux humbles, selon l'assurance que nous en a donnée le Sauveur, lorsque, faisant une élévation d esprit au Père éternel, il lui disait : « Je vous rends grâces, o Père! qui êtes le Seigneur du ciel et de la terre, de ce qu ayant cache ces choses à ceux qui s'estiment sages et prudents, vous les avez découvertes aux humbles. » (Matth. xi, 23.) Cette science, toute sublime qu'elle est, est donc commune entre les doctes et les ignorants, et même il arrive souvent que ceux qui ne savent rien et qui sont les plus simples, s'y avancent néanmoins le plu,, parce que, leur affection, qui n'est point engagée dans la curiosité des sciences, étant plus facilement attirée vers Dieu, Us acquièrent une connaissance d'expérience des choses divines beaucoup plus grande que celle de plusieurs personnes qui sont arrivées par leur travail à un haut degré de science. La raison est que, la théologie mystique ne consistant point en la tneorie ni en des spéculations intellectuelles, la subtilité d esprit n y e,t point nécessaire, mais la pureté du cœur et un pur amour envers Dieu, c'est-à-dire, un amour dégagé des créatures, et qui s exerce ou se purifie par un renoncement à toutes choses. (Lan^perge. La Milice chrétienne, in-12, p. 2Ô3.)