‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 292 sur 336 · LA SPIRITUALITÉ SAVANTE · texte numérisé non relu

LA SPIRITUALITÉ SAVANTE

^ Si l'auteur de 1*1. C. est un croyant simple et ferme, il n'est pas un ignorant.

Qu'on ne s'y trompe pas : cet ascète est un savant de premier ordre ; ce mystique est un docteur consommé dans la connaissance des sciences sacrées.

Nous en avons déjà fait la remarque.

L'auteur de PL C. ne traite pas ex professo les hautes vérités du dogme. Nulle part, il ne s'arrête à exposer un sujet de pure spéculation.

Mais il y a tels mots que l'auteur jette à travers les épanchcments de son âme comme de brillants jets de lumière, et ces rapides illuminations suffisent pour faire reconnaître une profonde et saine doctrine.

^ Non, vraiment, dirons nous avec Mgr Darboy : « L'I. C. n'est pas l'œuvre ingénieuse du savoir humain, quoique l'auteur connaisse à- fond les voies de notre cœur... : c'est l'effusion d'une âme éclairée d'en haut et pénétrée d'un

(j 68 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

profond sentiment des choses divines. » (Mgr Darboy? préface de FI. C.)

Il n'en est pas moins vrai, que l'homme qui s'est abandonné à de telles effusions était muni d'une doctrine savante et arrêtée. Il lui était permis d'épancher sans préoccupation le trop-plein de son intelligence et de son cœur : il avait eu soin de s'enrichir auparavant par de fortes et sévères études. Comme un artiste habile peut se livrer à la spontanéité de ses inspirations, après être devenu, par de longs efforts, le maître de son instrument de travail, ainsi l'auteur de l'I. C, de même que Bossuet, écrivant les « Elévations » et les « Méditations », ne pouvait produire d'abondance qu'une oeuvre forte et substantielle. Puisque le nom de Bossuet vient sous notre plume, nous ajouterons, que Bossuet, s'il eût vécu dans réminente sainteté du cloître, aurait pu trouver dans son génie et son cœur, les éléments d'un livre comparable à l'I. C.

Il est donc permis de dire, que 11. C. n'est point une œuvre ingénieuse du savoir humain, tout en reconnaissant que la science et le génie ont pu seuls enfanter un tel chefd'œuvre.

Suivez avec attention la pensée du maître.

i° Quel est son enseignement sur les rapports de la foi et de la raison ? Ils sont contenus surtout dans le dernier chapitre de l'ouvrage. Ils sont dignes d'un grand théologien, peu favorable sans doute aux prétentions exagérées de la raison, mais déterminé à ne lui refuser aucun droit légitime.

Il était bien difficile au moyen âge de marquer, avec une absolue impartialité, les limites des deux puissances intellectuelles. La foi régnait sans conteste sur les esprits et les cœurs. La raison était traitée en servante. Toutefois, l'auteur de l'I. C, bien qu'avec une certaine rudesse à l'égard

Page 1