‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 294 sur 336 · LIVRE DIXIÈME. r7I · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. r7I

est difficile de ne pas admettre que l'auteur de PL C, comme, d'ailleurs, la plupart des mystiques, penchait vers quelques doctrines platoniciennes. Mais de là à conclure qu'il était ontologiste, il y a un abîme. On ne cite aucun texte qui puisse justifier cette conclusion. Comme saint Augustin, comme saint Thomas, il a pu reconnaître que toute lumière vient du Verbe, sans admettre que rien ne se voit que dans le Verbe et par le Verbe.

Les auteurs mystiques ont souvent adopté des manières de parler et des systèmes d'idéologie, qui proviennent de Platon et de l'école d'Alexandrie. Saint Thomas, avant d'aborder l'explication de saint Denys, fait remarquer que la doctrine de Platon a exercé une grande influence sur la pensée de l'Aréopagite, et que cette influence n'a pas été pernicieuse, car la pensée platonicienne, par rapport à Dieu, est vraie et conforme à l'orthodoxie.

Le passage où notre auteur parle du Verbe, unité, principe, origine et raison de toutes choses, est sans doute inspiré, bien que de loin, par la philosophie platonicienne, ou plutôt augustinienne, de l'illumination directe et naturelle de l'intelligence, et le P. Juvénal d'Anagni n'a pas manqué de l'interpréter en ce sens.

Mais il est inutile d'attribuer à notre auteur des préoccupations philosophiques, sur une question encore plus spéculative que celle des genres et des espèces. Il s'est contenté d'exposer la pensée mystique, avec la terminologie mystique. C'est Dieu qui est notre créateur, c'est à lui qu'il faut tendre comme à notre fin, c'est lui qui enseigne et révèle la vérité.

3° La pierre de touche du théologien, c'est la doctrine du surnaturel. Or, sur ce point comme sur tous les autres, le pieux livre accepte docilement le dogme tel que l'Église

le propose à notre foi, mais ses enseignements sont d'une remarquable précision.

Le naturalisme dit : l'intelligible humain est pour nous la limite de la vérité ; la raison est Tunique critérium de certitude. Le caractère de cette doctrine, c'est qu'elle circonscrit l'homme, son existence et ses opérations, dans le naturel. Au delà, il n'y a rien, dit-elle. La puissance naturelle est la seule. Ce qui lui est superposé, ou elle le nie ou elle l'ignore.

Le surnaturalisme, au contraire, enseigne que l'homme est en rapport intime avec Dieu. Le surnaturel, d'après cette doctrine, est une communication que Dieu nous fait de sa vie, une participation à la nature divine. Nous ne faisons que répéter ici les définitions de notre savant et vénéré maître de Saint-Sulpice, Mgr Baudry, dont l'enseignement a laissé une trace si profonde dans l'intelligence de ses élèves.

Clément V, en 13 12, a défini contre les Béguards, au concile de Vienne, la surnaturalité de la fin humaine et du moyen pour y parvenir. D'après cette définition, il est de foi que l'état auquel nous tendons, et les instruments mis à notre disposition pour y parvenir, sont réellement au-dessus de notre nature et de ses exigences, et dépendent de la libéralité gratuite de Dieu.

De là, un ensemble d'enseignements et de pratiques, constituant la religion chrétienne, et ayant pour but de relier le naturel au surnaturel.

L'I. C. est en accord avec l'Eglise sur tous les points de l'enseignement surnaturaliste. Et comment en serait-il autrement ? Le surnaturel est l'essence même du christianisme : il constitue la plus grande part de la religion. Quiconque croit au christianisme et à l'Eglise, doit accepter le surnaturel, conformément à leurs enseignements'.

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