‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 295 sur 336 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

Ce n'est là pourtant que le point de départ du dogme et son accès relativement le plus facile. Croire? Il suffit pour cela de notre bonne volonté aidée par la grâce de Dieu Mais que faut-il croire ? Comment déterminer, disait l'entent prélat que nous venons de citer, les rapports intimes entre 1 âme et Dieu, si l'on n'en a pas étudié le principe? Alors on fait des moyens institués par Jésus-Christ ou par 1 tgbse un usage sans rapport avec la fin qu'on cherche ■ ou b!en on s'attache à des moyens humains qui ne sont pas propres a y mener; on cherche à se diviniser par la superstition ; et jusque dans le sanctuaire, au lieu delà religion on a le rituel, quelquefois moins que le rituel. Une Connaissance approfondie du surnaturel va de soi à éclairer et a purifier la piété.

La profonde connaissance du surnaturel constitue donc le plus haut mérite du théologien. Ce qui fait le grand dogmatiste, c'est la science des rapports intimes de l'âme et de Dieu, des effets de leur action réciproque, des modifications introduites dans le naturel par l'influence du surnaturel. Certes, la théologie symbolique, sacramentaire morale, liturgique, polémique, etc., a sa raison d'être et est nécessaire à l'Église. Mais il n'est pas un complet, que dis-je ? il n'est pas un véritable théologien, celui qui ne fait pas reposer son érudition sur la pénétrante considération du surnaturel : pas plus qu'il n'est un grand philosophe, l'écrivain qui ne joint pas à l'étendue du savoir la science des premiers principes.

L'auteur de l'I. C. était un grand théologien, car il n'est pas de livre dans la théologie catholique, pas même la « Somme » de saint Thomas, qui soit mieux pénétré du sens surnaturel de l'Évangile.

Au livre troisième, le chapitre LIV : « Sur les divers

mouvements de la nature et de la grâce ; » le chapitre LVe : « De la corruption de la nature et de l'efficacité de la grâce divine, » sont d'une doctrine comparable aux plus beaux passages de saint Augustin.

Le texte suivant, que nous citons en latin parce que la \igueur, la plénitude et la précision ne peuvent en être de tout point conservées dans notre langue, ne mérite-t-il pas d'être placé a côté des plus célèbres canons du concile de Trente sur le péché originel ? « Opus est gratia tua, et magna gratia, ut vincatur natura ad malum semper prona ab adolescentia sua. Nam per primum hominem lapsa Adam, et vitiata per peccatum, in omnes homines pœna hujus maculas descendit, ut ipsa natura quae bene et recte a te condita fuit, pro vitio jam et infirmitate corrupue naturae ponatur, eo quod motus ejus sibi relictus, ad malum et inferiora trahit. Nam modica vis qme remansit, est tanquam scintilla quidam latens in cinere. Hiec est ipsa ratio naturalis, circumfusa magna caligine, adhuc judicium habens • boni et mali, veri falsique distantiam, licet impotens sit adimplere omne quod comprobat, nec pleno jam lumine veritatis, nec sanitate afTectionum suarum potiatur. » IIP. lv, 3. Et au chapitre précédent : « Haec Gratia supernaturale lumen, et quoddam Dei spéciale donum est, et proprie electorum signaculum et pignus salutis asternae, quae hominem de terrenis ad cœlestia amanda sustollit, et de carnali spiritualem facit. Quanto igitur Natura amplius premitur et vincitur, tanto major Gratia infunditur, et quotidie novis visitationibus, interior homo secundum imaginem Dei reformatur. » III. liv, 31.

La doctrine de II. C. sur l'élément essentiel du surnaturel, la Grâce, est d'une si irréprochable orthodoxie, que les jansénistes, abusant de quelques termes vagues et de cer-

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