LIVRE DIXIEME. zt
raines expressions à double sens, ont en vain essayé de tirer le pieux livre aux erreurs de l'Augustinus. Il a suffi à Dom Le Masson de comparer entre eux les textes allégués, pour les ramener à l'orthodoxie.
Il en est de même de l'enseignement mystique de notre auteur, enseignement qui se joue dans les hauteurs et les difficultés de la théologie du cœur. Bossuet a eu beau jeu de rétablir la leçon irréprochable de l'I. C, que le quiétisme dépravait a plaisir.
Rien n'est plus difficile a maintenir, en de sages et justes proportions, que l'alliance du mysticisme et de l'ascétisme. L'I. C. a résolu le problème, de manière inattaquable. Il n'est pas, dans la littérature ecclésiastique, de livre où les données de l'intelligence soient combinées, en doses mieux pondérées, avec les affections du cœur. Bossuet lui-même n'aurait pas mieux observé les proportions nécessaires.
4° La science de notre auteur est, quelquefois, de nature à dérouter, ceux qui ne connaissent pas à fond les questions théologiques.
« L'Ange dans le ciel, dit-il quelque part, et le premier homme dans le paradis, n'ont pas longtemps persévéré. » III. lvii, 18. — Qui non diu steterunt.
Les manuscrits italiens portent tous la leçon : « qui non diu steterunt. » Cette leçon manque à tous les manuscrits étrangers à l'Italie. Il nous paraît que la suppression de ce membre de phrase atteste l'antériorité du type italien.
Il est très théologique de dire,que l'Ange et l'homme sont peu restés, l'un dans le ciel, l'autre dans le paradis terrestre.
Il n'est guère de thèses qui soient mieux étudiées que celle du traité « De Angelis », où il est parlé de la brièveté du séjour des Anges dans le ciel. Saint Thomas et saint Bonaventure ont d'importantes controverses sur ce point.
C y 6 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
Ils suivent le sentiment commun des anciens théologiens, si bien résumé par Hugues de Saint-Victor.
(( Si Ton veut savoir quelle durée s'écoula entre la création et la chute des Anges, Hugues de Saint-Victor nous dit qu'il y eut succession mais sans intervalle : « illud prius, ce istud posterius, sed sine intervalle) ; » car les Anges tombés n'ont pas toujours été mauvais, puisque l'Écriture dit de leur chef : « in veritate non stetit. » (Joann. vin.) Cependant elle dit aussi : « homicida erat ab initio. » (Ibid.) Si donc ils n'étaient pas coupables dès le commencement (in initio), ils le devinrent tout de suite (ab initio, id est, statim post initium). » (Mignon. Les Origines de la scolastique, I, p. 360.)
Relativement au premier homme, la question de sa permanence, plus ou moins prolongée, dans le paradis terrestre n'a pas été examinée par le commun des théologiens. Mais les commentateurs de l'Écriture sainte n'ont pas négligé d'examiner la question. Ils reconnaissent que le premier homme est resté peu de temps dans le paradis terrestre. Qu'il nous suffise de renvoyer le lecteur à Nicolas de Lyre, et à D. Calmet. Menochius résume exactement l'opinion commune : « Il est probable, dit-il, qu'Adam fut chassé du paradis terrestre, le même jour qu'il avait péché, vers le coucher du soleil. On ne sait combien de temps Adam est resté dans le paradis. Il semble qu'il dut y rester au moins quelques jours, afin de pouvoir faire quelque expérience du bienheureux état d'innocence. » Hugues de Saint-Victor se borne à parler d'un séjour de « quelque temps ».
L'auteur de PL C, en docteur consommé dans la connaissance de la théologie et de l'Écriture sainte, n'ignorait pas ces thèses savantes : il leur a donné place, dans son oeuvre, d'une manière incidente.