LIVRE DIXIEME. <-gr
possibilité qu'une nature a de pouvoir être élevée à un ordre d'opérations qu'elle ne pouvait pas produire d'elle-même. Il faut qu'il y ait dans cette nature une aptitude radicale à les produire, autrement Dieu ne pourrait pas les lui donner. Il détruirait cette nature, en mettrait une autre à sa place, mais ce ne serait plus elle. Dieu y arrive par réduction ; il y met beaucoup du sien; cependant il y a aussi certainement du nôtre. Évidemment, l'auteur de 11. C. n'avait pas examiné la question dans les termes mêmes que nous venons de rapporter. Mais il semble avoir pressenti les belles théories de nos théologiens modernes sur la puissance obédientielle et réduction : telle controverse de Ripalda sur l'Être surnaturel pourrait être appuyée de nombreuses citations empruntées à 11. C. Notre pieux livre ne cesse de traiter ces sujets délicats, de les envisager dans leurs conséquences pratiques, sans jamais donner prise à la critique. Il suffit de lire les nombreux passages relatifs à l'illumination et à la consolation, pour être convaincu de la fermeté doctrinale de la théologie de 11. C.
9° Quelle plénitude et quelle précision de doctrine dans cet admirable passage du quatrième livre sur les effets de la sainte Eucharistie ! « In hoc Sacramento confertur spiritualis gratia, et reparatur in anima virtusamissa, et per peccatum deformata redit pulchritudo. Tanta est aliquando ha?c gratia, ut ex plenitudine collât* devotionis, non tantum mens, sed et débile corpus vires sibi prasstitas sentiat amphores. » IV. i, 38.
10" Admirons comment l'auteur de il. C. ne se départ jamais de l'exactitude de langage la plus irréprochable ! N'entendons-nous pas quelquefois les prédicateurs donner, comme une preuve certaine de la présence réelle de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie, la foi ardente et là vive
émotion que le fidèle éprouve dans la sainte Communion ? L'auteur de II. C. rectifie la conséquence. De ce fait subjectif et personnel il ne résulte qu un argument probable : « O vera ardens fides eorum, probabile existens argumentum sacras praesentiae tuas ! » IV. xiv, 3.
ii° Notre auteur avait donc une science consommée des principes générateurs aussi bien que des moindres détails de la théologie.
Ajoutons qu'il se préoccupe de ne point prendre parti dans les questions de subtile controverse.
Pierre Lombard (IV Sent., dist. 18) avance qu'il n'y a que Dieu seul qui remette les péchés, et que le pouvoir accordé aux prêtres de lier et de délier n'est autre, que celui de déclarer judiciairement quels pénitents sont liés ou déliés, quelles satisfactions ils doivent accomplir, quelles censures doivent leur être infligées. Selon cette doctrine, ce n'est pas l'absolution qui justifie : elle suppose le pénitent justifié, et elle se borne à constater qu'il l'est. Saint Bonaventure a suivi l'opinion du maître des Sentences.
Hugues de Saint-Victor, Gratien et Richard de Saint- Victor ont vigoureusement combattu ce sentiment. Saint Thomas,, dans sa « Somme », Ta repoussé (III p., lxxiv, 3). Et le concile de Trente semble l'avoir condamné, lorsqu'il enseigne que l'absolution du prêtre n'est pas une simple fonction ni d'annoncer l'Évangile ni de déclarer que les péchés sont remis (sess. vi, can. 1) ; et lorsqu'il ajoute que la principale force du sacrement de Pénitence consiste dans l'absolution (can. 5).
Le maître des Sentences attribuait trop d'efficacité aux dispositions du pénitent. Il semble que l'auteur de PL C. a cherché à ne pas se prononcer sur ce point délicat. Si, au livre troisième (xxi, 21, et lu, 18), il proclame l'efficacité