LIVRE DIXIEME
delà véritable contrition, de ce que les théologiens appellent la contrition parfaite, qui par elle-même amende et purifie l'âme, au livre quatrième (vu, 21), il ne sépare pas la véritable contrition de l'humble confession : « Pro posse tuo, vera contritione, et humili confessione, conscientiam munda et clarifka. »
12° Si notre auteur n'avait pas le parti pris de négliger les questions subtiles et purement spéculatives, nous dirions qu'il a pris couleur, en une controverse subtile, qui partage les Docteurs, ainsi qu'on peut le voir dans la théologie de Salamanque. Les uns pensent que l'influence eucharistique se fait sentir sur notre corps au moyen d'une action surnaturelle; les autres, au moyen dune action simplement naturelle. D'autres, enfin, font intervenir des secours spéciaux qui excitent la volonté et lui donnent plus d'énergie contre la concupiscence. Notre auteur semble partager le sentiment des premiers. C'est en vertu de la dévotion elle-même, grâce conférée par le sacrement, et comme par un écoulement du trop-plein de cette communication surnaturelle, que le corps débile éprouve directement que ses forces sont plus grandes. « Si grande est quelquefois cette grâce, que, de la plénitude de la dévotion conférée, non seulement l'âme, mais aussi le corps débile sent qu'il lui est accordé de plus grandes forces. » IV. 1, 39.
Pourquoi venons-nous d'établir si longuement la science théologique de notre auteur ?
Une critique historique est possible pour les œuvres scientifiques, à quelque ordre qu'elles appartiennent. Or certains livres de spiritualité offrent les mêmes ressources critiques, que tous les autres produits étudiés de l'esprit humain.
Classer les œuvres de spiritualité est une entreprise plus
ou moins aisée, selon que l'examen porte sur un livre d'inspiration ou de science. On sait quel est le système de saint Bernard ; on connaît la portée de l'enseignement des Victorins ; on a fait l'analyse des doctrines de saint Bonaventure et de saint Thomas d'Aquin ; on n'ignore pas que les écrits de Denys le Chartreux, de saint François de Sales, d'Alvarez de Paz, de Bossuet, ont fait progresser la science de la vie intérieure, et il est facile de déterminer l'apport particulier des grands spirituels. Aussi, lorsqu'il s'agit d'un auteur savant, ou, pour employer l'expression consacrée, d'un docteur, on peut arriver à classer ses écrits avec une certaine exactitude. En recherchant la nature et l'origine des pensées, en les comparant avec celles des écrivains principaux, en déterminant la mesure de ce qu'ils ont emprunté ou ajouté aux idées acquises, on parvient à placer les monuments doctrinaux dans un rang à peu près juste.
Pour les livres de pure inspiration, Fœuvre est bien plus difficile. Voilà un spirituel, imprégné du plus pur esprit du christianisme, qui s'abandonne au courant de l'amour divin indépendamment de toute science puisée dans les écoles : voilà, par exemple, une Marie Lataste, humble bergère des Landes, écrivant ses pensées, par ordre de son Directeur, le soir, après avoir ramené ses troupeaux du pâturage. Suivant la force de son esprit et "de son cœur, ce spirituel peut aller plus ou moins loin. Tantôt il pourra être rangé parmi les primitifs, et reproduire un état de spiritualité, disparu depuis plusieurs siècles ; tantôt il parviendra à une spiritualité supérieure à celle qui a été perfectionnée par les inspirations de profonds esprits. Et n'est-ce pas le spectacle que nous avons sans cessé sous les yeux ? En parcourant les campagnes, les villes et les couvents, l'observateur, qui cherche à se rendre compte du mouve-