LIVRE DIXIEME
ces auteurs ecclésiastiques : « Ils créèrent des écoles, non des systèmes. » (Hist. Univers., tom. X, p. 485.)
Parleurs soins, en effet, des écoles furent créées dans les résidences des princes, dans les cathédrales, dans les monastères. Ce fut pour la théologie et par les théologiens que commença l'éveil de l'esprit humain, si malheureusement engourdi à la suite des invasions des barbares.
Ce mouvement théologique produisit surtout à Paris un ensemble d'institutions scolaires qui fut considérable, et dont l'organisation fut définitivement constituée, en 1206, sous le nom d'Université. Le progrès des idées se fait sentir dans les institutions. Les écoles passent de l'état individuel à l'état collectif, lorsque l'enseignement lui-même, de rudimentaire, devient synthétique. L'école s'organise scientifiquement, à l'époque même où la théologie a trouvé son système.
^ Mais quels efforts n'a-t-il pas fallu à l'esprit humain pour s'élever au système ! Le système ne commence à se produire qu'au onzième siècle. Avant cette époque, il y a des évêques, des prêtres, des moines, point de théologiens. Il y a des érudits, il n'y a pas de penseurs, sauf Jean Scot et Gerbert, qui n'étaient pas de leur siècle. On se contente d'exposer la foi. On ne la raisonne pas : on la parle. On cite les textes des Pères de l'Église : on n'en saisit pas la pensée intime. On traite les grandes questions, mais sans les approfondir. Telle est l'œuvre de quatre archevêques du neuvième siècle, Rémi, de Lyon, Adon,de Vienne, Hinmar, de Reims, Raban, de Mayence, et de deux moines du dixième siècle, Rémi, d'Auxerre, et Odon, deCluny. A côté de ces compilateurs s'élèvent quelques controversistes. La discussion a pour propre effet de rechercher la raison des choses, et elle mène ordinairement au système, mais à la condition
que les éléments du système soient préparés. Ils ne Tétaient pas aux temps de Gottschalk, Ratramne, Scot Érigène, Paschase Ratbert, Bérenger, Guitmond et Lanfranc. « Leurs travaux, dit M. Guizot, ne forment point d'ensemble, ne se rattachent à aucune grande idée, à aucun système général et fécond, autour desquels on puisse les grouper ; ce sont des travaux isolés, partiels, assez peu variés, et plus remarquables par l'activité qui s'y manifeste que par leurs résultats. » (Hist. de la Civilisation en France, tom. II,
Au onzième siècle, tout est prêt pour une évolution considérable. L'heure du système est arrivée. Un grand spéculatif, saint Anselme, s'applique à coordonner les dogmes de la théologie. Hildebert, du Mans, s'applique de préférence à la morale ; Yves, de Chartres, à la discipline ecclésiastique ; Odon, de Cambrai, et Rutpert, de Toul, à l'ascétisme. L'esprit de système pousse sa pointe dans tous les sens. Les enseignements de la théologie sont pleins de vues, quelquefois disparates, mais souvent profondes, qui ne forment pas encore un tout systématisé, mais qui ressemblent à des pierres préparées pour faire partie d'un grand édifice. Au commencement du douzième siècle, une sève abondante circule dans toutes les parties de la science sacrée.
La mission des grands professeurs du douzième siècle, Guillaume de Champeaux, Hugues de Saint-Victor, Abélard, Pierre Lombard, a été précisément d'assembler les éléments de la systématisation, de mettre à côté ce qui devait être réuni, d'éloigner ce qui était incompatible. Après un siècle de constants labeurs, il suffira aux grands architectes du treizième siècle, surtout au plus grand d'entre eux, h saint Thomas d'Aquin, de mettre en œuvre les matériaux patiemment préparés par leurs prédécesseurs, pour élever