LIVRE DIXIEME. c$a
un édifice grandiose par les proportions et admirable dans les détails.
En quel état les travaux des siècles précédents avaient-ils placé le système de la théologie au milieu du treizième siècle ?
Il est facile de discerner trois conceptions principales, qui proviennent du réalisme, du nominalisme, de l'esprit de tradition ; à chacun de ces trois systèmes correspond un système particulier de spiritualité.
Car l'enseignement théologique des grands synthétistes du treizième siècle ne pouvait manquer de déterminer un classement dans les œuvres de la spiritualité.
La spiritualité est un état psychologique du chrétien. Dès lors, il y a ci examiner les faits, à les classer, à les systématiser. L'entreprise est pénible, car les phénomènes intimes sont, par leur nature même, difficilement saisissables ; ils sont d'une analyse délicate, d'une subjectivité féconde en variétés. Néanmoins, contre tous les obstacles, les spirituels sont parvenus à établir une classification relativement satisfaisante malgré d'inévitables divergences de détails.
Une classification des faits, venons-nous de dire. Or, pour établir une science complète, il faut non seulement une classification, mais encore une théorie. La classification, en d'autres termes, le système des faits, appelle l'explication suprême, ou le système des idées.
Cette théorie où se trouve-t-elle ?
Il est inutile d'en rechercher l'existence ailleurs que dans les systèmes mêmes de théologie.
Pour que les grands théologiens, en nous donnant les théories du christianisme, ne nous induisent pas en erreur, il est nécessaire que leurs conceptions embrassent l'explication de tous les phénomènes religieux. Le système théolo-
gique de saint Thomas d'Aquin, s'il veut me satisfaire, doit projeter sa lumière sur les faits mystiques aussi bien que sur tous les autres phénomènes qui constituent le christianisme. Or, nous voyons qu'en fait il en est ainsi. La théorie de la spiritualité n'est pas autre que celle de la théologie. Telle conception de la théologie entraîne nécessairement telle conception de la mystique. Les disciples de saint Thomas ou de saint Bonaventure ne peuvent qu'accepter les théories de leurs maîtres, parce qu'elles ne sont qu'une application des principes à des faits particuliers. Il est impossible, à moins de contradiction flagrante, qu'on accepte pour l'ascétisme un système différent de celui qu'on adopte pour le dogme. Il est très vrai qu'en spiritualité comme en théologie, il faut se déterminer à être péripatéticien ou platonicien, thomiste ou moliniste. Il n'y a et il ne peut y avoir que des théories générales avec une application spéciale
Par conséquent, voulons-nous avoir la clef des théories de certains spirituels ? Ramenons-les aux théories théologiques. Celles-ci expliqueront celles-là et leur donneront toute leur valeur. La pensée du théoricien de la spiritualité ne peut être que celle du théoricien de la théologie.
C'est pourquoi la spiritualité savante du moyen âge doit se ramener au réalisme, au nominalisme, à l'esprit traditionnel.
Auquel de ces systèmes appartient PI. C. ?
L'I. C. a une tendance, comme tous les ouvrages de mysticisme, à accepter les théories du réalisme. Indépendamment des convenances doctrinales, le platonisme s'imposait par l'autorité des grands maîtres de la mystique, saint Denys l'Aréopagite et saint Augustin. Mais le réalisme a jeté la spiritualité du moyen âge dans un transcendantalisme