LIVRE DIXIÈME. 6C)r
jour, en particulier, qu'elle contemplait à l'église le mystère
de la Rédemption, et qu'elle essayait de comprendre l'immensité des bienfaits qui découlent de la Passion du Sauveur, Dieu remplit son âme d'une si grande abondance de lumière et d'amour, et elle sentit monter à ses yeux de tels flots de larmes, que, près de défaillir, voulant cacher cette grâce, elle sortit à la hâte de l'église. Mais il n'était plus temps. Ses larmes coulaient à flots. On s'empressa auprès d'elle, cherchant à la consoler, car on croyait que c'étaient des larmes de douleur; mais que peuvent les créatures dans des moments pareils ? Son cœur venait de recevoir une de ces profondes blessures que l'amour de Dieu fait quelquefois aux âmes dignes de le recevoir, et ses larmes croissaient toujours et ne tarissaient plus. » (Bougaud. Histoire de sainte Monique, chap. v.)
« Le Religieux qui s'exerce avec attention et dévotion dans la très sainte vie et passion du Seigneur, y trouvera en abondance tout ce qui lui est utile et nécessaire, et il n'a besoin de chercher rien de meilleur, hors de Jésus. Oh ! si Jésus crucifié venait dans notre cœur, que nous serions vite et suffisamment doctes! » I. xxv, 24.
Tels sont les termes, par lesquels notre auteur manifeste la préoccupation qui le hante. Ce qu'il demande au Religieux, c'est d'étudier surtout le livre de la Passion. Il est Religieux pour ressemblera Jésus crucifié. S'il réussit à s'établir dans cette conformité, il aura atteint le but principal de sa vocation, et il sera vite et suffisamment docte. Et d'un bout à l'autre de l'œuvre, c'est le Crucifié qui est l'objet, sinon exclusif, du moins principal, de la piété de l'I. C.
La liberté d'âme et l'amour ardent pour le Crucifié, c'est la formule qui caractérise la doctrine de l'I. C.
Trithème dit expressément, que Kempis était particuliè-
rement dévot à La sainte Vierge : et, en effet, dans chacun de ses ouvrages authentiques, Kempis ne cesse d'en parler, de l'honorer et de joindre son nom à celui de Jésus-Christ. « Comment, dit Valgrave (Animadv. Apol., pp. 33 et 34), si Kempis eût composé les livres de l'I. C, comment, dans le grand nombre de prières qui s'y trouvent éparses, n'y en aurait-il pas une, au moins, adressée à la sainte Vierge ? De plus, comment eût-il oublié sa dévotion accoutumée à la Vierge, au point que, dans tous les quatre livres, il n'est pas même mention de Marie ? » Cela est vrai pour les trois premiers livres. Dans le quatrième, il est parlé deux fois de Marie, mais accessoirement : « in uterum Virginis descendens. » IV. n, 27. — « Sanctissima mater tua, gloriosa virgo Maria. » IV. xvn, 6. La remarque de Valgrave n'en subsiste pas moins.
L'auteur de IL C. n'est pas préoccupé, comme Kempis, de faire toujours intervenir la très sainte Vierge. Il accorde à Marie tout ce qui doit lui être accordé, la sainteté éminente, la gloire suprême, la virginité et la maternité divine : on ne saurait résumer en deux formules plus expressives, que celles dont il s'est servi, les titres de Marie à la piété des chrétiens. Mais sa dévotion préférée, on peut même dire, jalouse, est surtout l'amour du Crucifié. C'est à Jésus-Christ crucifié qu'il en revient toujours, comme par un mouvement irrésistible.
Nous voyons là un signe caractéristique, qui fait concorder l'origine de notre inappréciable livre avec l'âge héroïque de la dévotion au Crucifié, le xme siècle, temps où vécut le dévot par excellence à la Croix, saint François d'Assise, le seul personnage cité par notre auteur, en dehors des écrivains canoniques.
Pour résumer notre pensée, nous dirons, qu'il nous