‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 312 sur 336 · LA SPIRITUALITÉ DE LA COMPAGNIE DE JESUS · texte numérisé non relu

LA SPIRITUALITÉ DE LA COMPAGNIE DE JESUS

Il importe de signaler maintenant l'usage qu'on peut faire de notre pieux livre.

Sa doctrine de la vie intérieure s'applique à tous les spirituels sans exception.

Il n'y a pas plusieurs sortes de sainteté : la sainteté des religieux et la sainteté des séculiers ; celle du sanctuaire et celle de la famille. Il n'y en a qu'une : la sainteté du christianisme, qui consiste à développer en tous états et professions l'amour de Dieu, ou la charité, à détruire tout amour exclusif de la charité, c'est-à-dire, la cupidité.

Le Sauveur appelle à la perfection tous ses disciples indistinctement, quand il dit dans l'Évangile : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Or, cette periection, dont le précepte est adressé a tous, ne consiste pas, saint Thomas nous l'enseigne (2.2. /clxxxiv/3), :* observer les conseils évangéliques, mais à aimer Dieu de toute la capacité et la plénitude de notre cœur. De là vient que l'observation des conseils n'est pas de précepte par elle-même, ni à l'égard de toutes sortes de personnes ; et que, au contraire, l'amour de Dieu est nécessaire à tous les chrétiens.

6o8 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

L'Église a toujours été persuadée que pratiquer les conseils, abandonner tous ses biens, renoncer au mariage, embrasser l'obéissance religieuse, c'est un moyen très utile pour bannir absolument du cœur les aflections coupables, et conduire plus facilement et plus sûrement à la perfection de la charité ; mais elle n'a jamais cru que ce soit un moyen unique, et d'une nécessité absolue1.

On est vraiment saint, quand, habitant le cloître ou la cour, on se dépouille de la passion du terrestre pour s'établir dans la passion pour le divin. Le Religieux diffère du séculier en ce que, pour mener la vie intérieure, il met la main plus résolument à l'œuvre "2. Voulant arriver à la perfection, il commence par se débarrasser de tous les impedi-

1 Schramm établit avec précision cette doctrine dans les propositions suivantes : « Patet i" quod cum mandatum charitatis Dei omnes in aliquo gradu obliget, nempe in amore Dei appretiativo super omnia ; cumque in iilo simpliciter perfectio christiana essentialiter consistât, omnes christianos ad perfectionem in aliquo gradu obligari. 2° Patet gradum hune esse illum quo sic appretiative Deus diligitur super omnia, ut ab affectu hominis illud excludatur, quod huic charitati contrariatur, vel cum ipsa est incompossibile, ad quod requiritur, ut nihil supra, vel contra Deum, aut aequaliter ut Deus diligatur. 3° Patet, in hoc éodem gradu, perfectionem obligatoriam consistere simul essentialiter non in consiliis, sed in praeceptis omnino necessariis ad ea removenda, quae charitati contrariantur. 40 Gonsequenter patet in eodem gradu perfectionem obligare omnes christianos secundum praeparationem ad observanda etiam consilia, quando nécessitas id requirit. » (Schramm, tom. I, p. 34.)

2 Differentia inter religiosos et saeculares est in eo, quod Religiosi, ut facilius perfectioni studeant, se sponte ad qusedam consilia obligent, omnia mundi, eo modo quo fieri potest, etiam actu relinquentes : cum e contra saeculares christiani ab ipso ingressu Baptismi debeant tendere ad perfectionem, non quidem actu omnia mundi relinquendo, bene tamen animo, ita ut parati sint, omnia potius de facto quam Deum amittere. Qui animus, sine séria passionum mortificatione, contemptu mundi cum pompis suis, reliauis virtutibus Evangelicis, haberi non potest. (Schramm, tom. I, p. 34.)

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