LIVRE DIXIEME. £0g
menta qui retarderaient sa marche : de là, par contre, une obligation plus impérieuse pour lui de tendre sans cesse à la perfection. Le séculier doit perpétuellement compter avec les devoirs de famille, de société, avec les multiples nécessités de la vie mondaine. L'un peut marcher d'un pas rapide, l'autre ne peut avancer que lentement. Le premier peut s'abandonner sans réserve à son attrait ; le second doit lutter, tous les jours, à chaque instant, pour conquérir quelque liberté spirituelle. Mais tous deux travaillent à la même œuvre, quoique par des moyens différents. Celui-là sera le plus saint, moine ou mondain, prêtre ou laïque, qui sera le plus humble, le plus détaché de soi-même, le plus mort aux fausses joies, le plus dépouillé de toute convoitise terrestre, le plus rempli d'amour de Dieu et du prochain. Le degré où l'on sera arrivé dans la pratique de la charité, quelle que soit la méthode qu'on ait employée pour y parvenir, sera la mesure d'élévation, et donnera la proportion du mérite et de la récompense. (Voir plus haut, p. 284.)
Or, le livre de l'L C. suggère l'esprit même du christianisme relativement à la sainteté chrétienne, le suc de la spiritualité, la quintessence, comme dit le P. Nigroni, de la perfection. Il est devenu à juste titre le guide des saints, qu'ils appartiennent à la religion ou au siècle '.
< Julius Nigronius, S. J., in Tractatu de lectione privata librorum spintualium : Qui quatuor libros scripsit de 1 C mira biliter pnecipit, movet affectus, suavitate spiruuali corda'leoen" uum replet semper novus, semper admirabilis, ita ut dec\ll répétai» placeat. Juvat per hanc occasionem aliquid de hoc aureo libello edissere, qui mihi continere videtur succum totius vrtœ spir.tua is, compendmm perfectionis, quintam, ut ita dicam essentiam religiose vite et sanctitatis, diuturna méditation ? nTr vnum expenentissimum expressam tum ex aliis spiritualité rébus, tum ex unctione Spiritus Sancti. Si tas est sacris profana componere, quod L. Seneca de libro L. Sextii Stoici nimis sm perlate scnps.t multo venus paucis mutatis verbis. dicere iicet de hoc aureo libelle : « Quantum in ilio vigoris est, quantum
Néanmoins, le Religieux trouve dans le saint livre ce qui est le plus approprié à sa condition. L'ouvrage est vraiment fait pour lui. Il y trouve des conseils qui se rapportent aux conditions de la vie monastique, surtout à l'humilité et à l'obéissance. On ne peut en lire quelques pages, sans rencontrer des indications qui s'appliquent aux menus détails de l'existence claustrale, à ces points disciplinaires, quelquefois peu importants en eux-mêmes, toujours considérables, en ce sens, que leur observation maintient la ferveur et la discipline : comme le respect pour les Supérieurs, l'amour de la retraite et du silence, la régularité, les pieuses conférences, etc., etc.
Il ne faut donc pas être surpris que II. C. soit devenue le manuel de tous les Religieux, à quelque Ordre qu'ils appartiennent.
Voyez, par exemple, l'usage qu'en a fait la Compagnie de Jésus.
Saint Ignace de Loyola en lisait chaque jour deux chapitres ' : le premier, le matin, en suivant l'ordre du livre ;
animi, hoc non in omnibus philosophis reperies. Quorumdam scripta clarius habent tantum nomen : caetera exsanguia sunt. Instituunt, disputant, cavillantur ; non raciunt animum, quia non habent. Cum legeris Sextum, dices : Vivit, viget, liber est, supra hominem est, dimittit me plénum ingentis flduciœ. In quacumque positione mentis sim, cum lego hune (fateor tibi), libet omnes casus provocare. »
* Le Père Louis Gonzalès, qui, par ordre de Jean III, roi de Portugal, observa la vie et les mœurs de saint Ignace, pour les transmettre à la postérité, atteste que le bienheureux Père avait coutume de lire chaque matin un chapitre de Thomas à Kempis, dans l'ordre où ils sont dans le livre ; et que, l'après-midi, il en lisait un autre ad aperturam libri, et qu'il y avait toujours trouvé ce qui convenait à l'état présent de son âme ; et qu'ainsi ce livre lui était devenu tellement familier, que l'on pouvait en quelque sorte en voir les enseignements respirer au vif dans ses mœurs, dans ses paroles, et dans ses actions. (Viator christianus, in Elogiis.)
Le Saint faisait alorsune lecture assidue dans le livre de l'I.C.,