‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 316 sur 336 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

l'esprit même de saint Ignace, s'est fait jour sans cesse dans les écrits et les institutions du Père et des enfants. Il ne faut pas dissimuler que l'action de saint Ignace 1 et de son Ordre a beaucoup fait pour la propagation du pieux livre. Avant que le Fondateur des Jésuites ne se fût passionné pour PI. C, on la lisait et on la méditait ; car on ne multiplie pas les copies, les impressions et les traductions d'un ouvrage inutile. Cependant, le plus grand éclat du livre et son extraordinaire succès datent surtout de saint Ignace. D'autre part, si le livre doit beaucoup à la Compagnie de Jésus, celle-ci lui doit bien davantage, car c'est un volume qui l'a vivifiée et emplie de la plus forte sève chrétienne.

L'ascétisme de 17. C, c'est-à-dire, l'ascétisme pratique, expérimental, prudent, a été adopté et suivi fidèlement par les écrivains spirituels de la Compagnie. Surin, Saint- Jure, Havneufve, Nouët, Juddc, Neveu, Guilloré, Lallemand, Berthier, Grou, pour ne parler que des Français, ne sont rien que des disciples et, on peut même l'avancer, de profonds, mais simples commentateurs de l'I. C.

1 Gilles Gelenius en avait déjà fait la remarque au commencement du dix-septième siècle : « Le livre de l'I. C. a été mis presque au rang des saints Livres, surtout depuis que saint Ignace a modèle sa vie et son Institut sur ce livre d'or : Scripta instar sacrse Scripturœ in pretio habentur : maxime ex quo tempore S. Ignatius vitam suam, et institutum Societatis Jesu ex ejus aureo libello composuit. » (De admiranda sacra et civili magnitudine Colonie Agrippinœ, lib. IV.)

Le P. Louis du Pont, dans la Vie du P. Balthazar Alvarez raconte que ce Religieux, d'une piété si éminente, avait la plus haute opinion du saint livre. Il en employait souvent les sentences dans ses exhortations, parce qu'elles sont pénétrantes, et que Dieu les imprime au coeur de ceux qui les entendent ou les lisent en de bonnes dispositions. Etant visiteur de la province û Aragon, il en répandit l'usage parmi ses frères : et tous éprouvèrent qu il suffisait d'ouvrir le livre, n'importe à quel endroit pour y rencontrer ce qui convenait à leur âme.

l'usage commun.

Le Religieux toutefois est enté sur le simple chrétien.

« Qu'est-ce qu'un bon Religieux ? » demande Lamennais. Il répond : « C'est un chrétien toujours occupé de tendre à la perfection . » Puis il ajoute avec un sens pénétrant : « La vie Religieuse n'est donc qu'une vie pour ainsi dire plus chrétienne. L'abnégation de soi-même est l'abrégé de tous les devoirs qu'elle impose. Or, ces devoirs sont aussi les nôtres.» (Réflexions sur l'Imitation, liv. I, chap. xvn.)

C'est pourquoi, si Ton veut bien ne pas tenir compte des passages de l'I. C. qui s'appliquent à la vie Religieuse, il reste encore un manuel de l'avancement spirituel à l'usage des séculiers.

« Il y a des personnes qui se persuadent que l'auteur de l'I. C. n'a écrit que pour les Religieux, et, partant, que son ouvrage ne les regarde aucunement, ce qui fait qu'elles le négligent. Certaines choses semblent raisonnablement prouver qu'étant particulières aux Religieux, tous les quatre livres de l'I. C. ne sont guère à l'usage de ceux qui mènent une vie commune dans le monde. On ne saurait mieux réfuter ce mauvais raisonnement que par la division de l'ouvrage en lieux communs. Car quiconque voudra en examiner tous les titres, il n'en trouvera qu'un seul touchant les Religieux et la Religion, d'une étendue assez médiocre, et de peu de versets, dans lequel on a renfermé tout ce qui concerne cette matière ; et en ce titre il y a même beaucoup

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