‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 317 sur 336 · LIVRE DIXIÈME. 6 I · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. 6 I

de choses communes à tous les fidèles. Tous les autres contiennent une doctrine nécessaire à ceux qui aspirent à la perfection chrétienne. De manière que Ton ne doit non plus croire que ce livre soit particulièrement propre aux Religieux, que le nouveau Testament aux Apôtres, parce qu'il renferme quelques passages qui les touchent singulièrement. Que toute personne donc qui cherche sincèrement la vertu, lise les préceptes et les instructions que l'auteur en donne, afin d'apprendre à vivre selon la perfection, sinon religieuse, du moins chrétienne, à laquelle Notre-Seigneur nous invite tous. » (Les Éléments de la perfection chrétienne, in-12, 1686. Préface.)

Le traducteur ancien qui entreprit de mettre l'I. C. à la portée des simples fidèles, ne s'y était pas trompé. L'Internelle Consolation présente un texte, en quelques endroits modifié légèrement, dans le but d'offrir une lecture appropriée aux gens du monde. Les traducteurs modernes n'ont pas imité cet exemple de leur premier devancier, et ils ont eu raison. Ils ont laissé aux protestants, à Chateillon et à Poiret, le soin de mutiler le texte pour accommoder l'œuvre selon des exigences de secte. Le respect absolu de la pensée d'autrui est un devoir de probité littéraire. En ce point, comme en beaucoup d'autres, l'abus, c'est l'usage même. Laissons au lecteur le soin de discerner ce qui lui est applicable, de négliger ce qui ne lui convient pas. Avec l'I. C, on ne risque pas de s'égarer1. Tout au plus, la masse des

1 II est difficile de remarquer quelque méthode humame et étudiée dans cet ouvrage. 11 parle plutôt par mouvement et par sentiment, que par raison et par dessein. Et c'est en cela même qu'il est plus semblable aux auteurs qui nous ont donné l'Ecriture sainte, et aux plus spirituels d'entre les saints Pères. Il traite souvent les mêmes matières en divers endroits; il reprend ce qu'il avait touché auparavant ; il renouvelle les mêmes

lecteurs aura-t-elle à ne pas tenir compte de quelques aspirations ardentes, vers la pratique des conseils évangéliques. Hélas ! il n'y a pas à redouter ces coups d'ailes. Ils n'enlèveront pas un trop grand nombre de nos contemporains vers les hautes régions.

Assurément, ce serait faire un étrange abus du pieux livre que de vouloir dans la vie séculière suivre les préceptes qu'il donne pour la vie régulière. Écoutons Là-dessus un maître de la vie spirituelle :

« Tout homme qui veut arriver promptement à sa fin, doit suivre les règles immuables de la raison éternelle, et courir, par un chemin convenable à son état, au terme qu'il se propose. Mais tous ne gardent pas cette conduite. Plusieurs, étant trompés par une erreur extravagante, se font un chemin selon leur caprice, au lieu de celui qui leur est marqué par la divine Providence... Ces personnes se proposent des routes particulières pour marcher vers leur fin, et font plusieurs résolutions fort contraires à leur état, et qu'elles n'ont jamais ni le pouvoir, ni l'occasion, ni le moyen d'exécuter. De là vient qu'elles ne forment que de vains désirs, et qu'elles n'agissent jamais sérieusement pour arriver à leur terme. Il y a cependant un chemin fort court et tort aisé que le Sauveur a montré, quand il a dit, que

préceptes; il parle indifféremment tantôt aux gens du monde et tantôt aux religieux, et fait tout cela d'une manière si libre, si édifiante, si animée, que tout est saint, agréable, et toujours nouveau dans sa bouche ; que les gens du monde sont touchés de ce qu'il dit aux religieux, et les religieux de ce qu'il dit aux gens du monde, et qu'ainsi il paraît que ce n'est pas tant lui qui parle de Dieu, que c'est Dieu qui parle par lui, n'y ayant que cet Esprit souverain et incompréhensible qui puisse diversifier de la sorte ses lumières, ses opérations et ses mouvements, en les proportionnant aux goûts dissemblables et aux différentes dispositions des âmes. (Sacy. Trad. de l'I. C, préface.)-

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