‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 318 sur 336 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

celui qui veut le suivre prenne sa croix et qu'il la porte. Il a dit, qu'il prenne sa croix, et n'a pas dit, qu'il prit celle d'un autre. Il a dit, qu'il prenne la croix que Dieu lui aurait donnée, et non pas, celle qu'il aurait choisie lui-même... Or, la croix de chaque chrétien consiste a s'acquitter exactement de son devoir, à souffrir patiemment les afflictions qui surviennent de jour en jour, et à ne laisser échapper aucune occasion de s'instruire de la perfection à laquelle sa profession l'oblige ; car il n'y a personne qui ne puisse parvenir au plus parfait état de la religion chrétienne, en demeurant dans la vocation où Dieu Ta mis. » (Bona. Principes de la vie chrétienne, part. I, chap. xiv.)

Accomplir les devoirs de son état, et, dans la condition où Ton est placé, s'élever à la plus grande charité, c'est toute la perfection. Or, en laissant de côté les prescriptions spéciales, celles qui concernent le religieux et le prêtre, le laïque trouve dans TI. C. l'esprit même de la perfection'.

1 II est évident que l'I. C. a été écrite pour des Religieux, et probablement pour des novices. C'est une objection que lui font souvent ceux qui n'ont pas de piété, ou qui ne goûtent pas les sentiments les plus profonds de la piété chrétienne; ils reprochent à l'Imitation de Jésus-Christ d'être faite pour des moines ou des religieuses, et de recommander une perfection ou des maximes de spiritualité impossibles à réaliser dans le siècle. (Bautain. Avertiss. de l'Imil. de J.-C. ; Paris, i85ô, gr.in-S°, p. 4.)

L'obligation des vertus chrétiennes est la même pour tous les états ; il n'y a de différence que dans la manière de les pratiquer. Il faut être partout humble, simple, mortifié, laborieux, patient ; détaché du monde, de soi-même, de la vie ; ardent au service de Dieu, fervent dans la prière, zélé pour la perfection, etc. Cependant, un faux préjugé confond toutes ces vertus avec les observances de la vie religieuse, et on se croit dispensé du devoir des unes, parce qu'on est dispensé des autres par état. On lit les vies des anciens solitaires avec une admiration stérile, et on ne se reproche point de ne sentir qu'un faible désir de les imiter, parce qu'on n'en reconnaît plus l'obligation ; maislesSaints n'ont-ils donc vécu que dans les cloîtres et dans les deser ? Chaque condition de la vie n'a-t-clle pas eu ses modèles, dont

A la vérité, ni le père de famille, ni l'époux, ni le magistrat, ni le cito)~en, ne rencontreront dans ce livre les règles propres à leurs situations spéciales. Mais ils y verront les principes de la perfection, applicables à tous les états et à toutes les conditions de la vie.

« Il ne faut pas mépriser un genre de vie, dit Louis de Blois, parce qu'il est doux et facile, car la sainteté et la perfection ne consistent pas, à proprement parler, dans une grande austérité, mais dans une véritable humilité et dans la pureté du cœur. S'il en était autrement, la bienheureuse vierge Marie, mère de Dieu, n'eût pas été parfaite, puisqu'on ne lit nulle part qu'elle ait mené une vie austère comme saint Jean-Baptiste. » (Louis de Blois. Introduction aux statuts.)

L'I. C. n'est pas seulement un manuel de l'avancement spirituel, à l'usage du régulier et du séculier : elle est encore 1j miroir des âmes pieuses, placées dans les états les plus différents de la spiritualité.

Un savant professeur de Saint-Sulpice me disait un jour : « Lorsque je lis II. C, je suis frappé d'un caractère de ce livre qui lui est commun avec quelques autres œuvres de certains spirituels éminents, saint Anselme et saint Bernard, par exemple. Il n'est pas possible que l'auteur du pieux

l'exemple ô:era toujours à mtre lâcheté le plus spécieux de ses prétextes ? c'est celui de notre impuissance. Ce que les Saints ont fait, nouî mDntre ce que nous sommes capables de faire. Ooligés de remplir les mêmes devoirs, nous n'y trouvons pas de plus g-ands obstacles. Ils éprouvaient comme nous les révoltes de la chair ; ils sentaient les mêmes répugnances ; ils avaient au dedans d'aussi violentes tentations à soutenir, au dehors de plus dangereux ennemis à combattre. Ils n'avaient en un mot ni de moindres faiblesses, ni de plus grands secours, ni de meilleures espérances ; tout nous est commun avec eux, excepté la fidélité. (Débonnaire.)

Page 1