‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 319 sur 336 · LIVRE DIXIEME. éjn · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME. éjn

livre se soit trouvé en même temps, ou même successivement, dans les divers états qu'il décrit, et cependant il en parle avec l'exactitude d'un homme qui raconte ce qu'il a éprouvé. Ainsi, au quatrième livre, il parle quelquefois dans le même chapitre, et avec une égale précision, de l'état différent du prêtre et du simple fidèle en dice- de la sainte Eucharistie. C'est le signe d'une pénétration extrême. Cette clairvoyance est un don de peu de personnes. Saint Anselme était un de ces voyants, qui savent deviner et exprimer. Les prières de l'I. C. indiquent, à quel point l'auteur du pieux livre était parvenu à comprendre les états divers de l'âme chrétienne, à décrire les sentiments, les demandes, les actions de grâces correspondant à chaque disposition. »

Cette remarque est des plus justes et des plus délicates, et elle explique l'attrait qu'un si grand nombre de personnes, placées dans les états d'esprit et de cœur les plus contraires, trouvent h. lire l'I. C. '. Le pieux livre ne s'applique pas à

1 Sacy en a fait la remarque, au dix-septième siècle : « L'I C contient un fort grand nombre d'instructions très intérieures et très particulières; et le troisième livre, qui est seul plus orand que tous les trois autres, et qui est appelé par quelques-uns l'Entretien de l'âme avec Jésus-Christ, représente si excellemment et si particulièrement tous les états différents que nous pouvons éprouver au dedans de nous, que tout le monde s'y peut trouver a sèment, et y remarquer ce qui lui est propre. Qu'une âme soit ou dans la tiédeur et comme dans le dégoût des choses saintes ou dans I irrésolution de ce qu'elle doit faire, ou dans l'accablement de ce qu'elle souffre, elle voit dépeint dans ce livre tout ce qu elle sent au dedans d'elle. Mlle v trouve des paroles et des prières pour s'adresser à Jésus-Christ', et l'y voit lui-même qui lui parle, et qui vient la con^obr dan; ses sécheresses, l'éclairer dans ses doutes, et la fortifier dans ses souffrances. » (Sacy Trad. de l'I. C, préface )

« Ce qu'il y a d'admirable en ce livre, c'est qu'il donne des lumières proportionnées à toutes sortes de personnes Car si ceux qui sont les plus relevés et les plus sublimes y trouvent une manne cachée où ils goûtent toutes les délices dé l'esprit et

tel ou tel état de l'âme. Il embrasse un grand nombre de situations morales et spirituelles. Bien que spécialement composé pour les âmes vouées à la perfection, les pécheurs et les tièdes, les commençants et les progressants, les gens du monde et les contemplatifs, les prêtres séculiers et réguliers, y trouvent des pages qui correspondent à leurs besoins spéciaux. Les peintures morales y représentent une infinie variété de types. Les conseils s'appliquent à la plupart des situations spirituelles. Où est la raison de ce phénomène extraordinaire ? Sans doute, dans le caractère vraiment admirable de l'enseignement chrétien sur la perfection, mais aussi dans l'extraordinaire mobilité et variété de sentiments qui caractérisent le pieux ouvrage.

Il ne faut donc pas s'étonner de la pratique de consulter ri. C. au hasard, et d'accueillir avec respect les réponses fortuites données par le saint livre. Cet usage paraît remonter à saint Ignace.

« Le jour même où saint Ignace reçut dans la Société le P. Jérôme Natal, il lui donna pour instruction de lire chaque jour un chapitre de 11. C, et de le prendre comme sujet de méditation; puis, de consulter le saint ouvrage, chaque fois que la nécessité ou la faiblesse le demanderaient. En donnant ce conseil, le Bienheureux parla du livre avec le plus grand éloge, ainsi qu'il le faisait toujours. Il ajouta qu'il avait éprouvé, par sa propre expérience, qu'en ouvrant le volume au hasard, il rencontrait toujours ce qui convenait au besoin présent de son âme. » (Orlandin. Hist. Societ., lib. V.)

s'ils y apprennent toujours quelque chose de nouveau toutes les fois qu'ils le lisent, les plus simples y rencontrent les plus difficiles et les plus importantes matières si heureusement préparées et digérées, qu'elles se trouvent proportionnées à leur goût et à la disposition de leur âme. » (Gusson. Préface de VI. G.)

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