‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 321 sur 336 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

tement; et il arrive souvent que de cruelles contradictions atteignent les trop confiants questionneurs.

Il nous souvient qu'après l'attentat d'Orsini, l'impératrice Eugénie, toute frissonnante encore d'une émotion tragique, à peine rentrée dans ses appartements, tomba à genoux ; et, trouvant sous sa main une vieille Bible de famille, elle se mita en parcourir fiévreusement la première page venue. Le saint Livre parla avec une singulière opportunité : « J'ai mis mon secours sur un homme fort, et j'ai élevé mon élu au milieu de mon peuple. J'ai trouvé David, mon serviteur; je l'ai consacré avec l'huile sainte, avec l'onction de ma sainteté. Ma main sera son appui, et mon bras le fortifiera. L'ennemi ne le trompera point, l'enfant de l'iniquité ne l'affligera pas. Je briserai en sa présence ses ennemis, et je frapperai ceux qui le haïssent, etc., etc. » L'impératrice avait rencontré cet admirable psaume lxxxviii, où David rappelle au Seigneur ses miséricordes à l'égard du peuple hébreu et de son chef.

Quelques années plus tard, la noble souveraine, après avoir fait ses adieux à l'empereur et au prince impérial qui allaient rejoindre l'armée de Metz, avait regagné tristement le château de Saint-Cloud. Abîmée dans la douleur de la séparation et l'angoisse des responsabilités, se souvenant de la consolation que lui avait apportée la Bible au milieu des tristesses du crime d'Orsini, elle reprit le même volume, l'ouvrit au hasard, et se mit à lire à haute voix le passage suivant du prophète Isaïe : « Je t'ai délaissée pour un moment, dit le Seigneur, et dans ma miséricorde je te rappellerai. Dans un moment d'indignation je t'ai voilé mon visage, mais bientôt j'ai eu pitié de toi dans ma miséricorde éternelle. C'est ici comme aux jours de Xoé, à qui j'ai juré de ne plus inonder la terre : je jure aussi de ne plus

m'irriter contre toi, de ne plus te faire des reproches. Les montagnes trembleront et les collines seront ébranlées, mais mon amour ne se retirera jamais de toi, et l'alliance de notre paix sera éternelle, a dit le Seigneur miséricordieux. » (Chap. liv.) Comment ces tendres et pathétiques accents n'auraient-ils pas ému et réjoui cette âme désolée ? Mais, ô lamentable dérision ! ce ne furent pas les miséricordes annoncées qui se réalisèrent, mais ReischofTen, Sedan, l'exil, la mort de Napoléon III, la catastrophe d'Ululundi. Aussi, l'infortunée princesse nous disait-elle, au souvenir de cette consultation trompeuse : « C'est un grave tort que de vouloir forcer les secrets de la Providence. »

LIBER COXSOLATORIUS.

Avez-vous besoin d'être consolé ? Recourez au livre consolateur par excellence, à 1*1. C, que plusieurs manuscrits du quinzième siècle appelaient si légitimement : Liber consolatorius.

Il a mérité ce titre, non pas seulement, parce qu'il est le livre de la conversation avec Dieu, qui donne à l'âme les suavités spirituelles ; nous n'avons plus à revenir sur ce sujet, abondamment traité dans le cours du volume : nous nous en tenons ici aux consolations que peuvent rechercher les attristés du siècle.

« Le troisième livre, qui est seul plus grand que les trois autres, et qui a été appelé par quelques-uns, l'Entretien ou

Page 1