‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 322 sur 336 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

la Consolation intérieure de l'âme avec Jésus-Christ, représente si particulièrement tous les états différents que l'on peut éprouver au dedans de soi, que tout le monde s'y retrouve aisément, et remarque ce qui lui est propre. Qu'une âme soit ou dans la tiédeur et dans une sorte de dégoût des choses saintes, qu'elle soit dans l'irrésolution de ce qu'elle doit faire, ou même dans l'accablement de ce qu'elle souffre elle voit dépeint dans ce livre tout ce qu'elle sent intérieurement. Elle y trouve des paroles et des prières pour s'adresser à Jésus-Christ; elle entend même le Sauveur qui lui parle, et qui vient la consoler dans ses sécheresses, l'éclairer dans ses doutes, et la fortifier dans ses peines. » (Len^let du Fresnoy. Avertiss., p. vin.)

Voilà le véritable ami des malheureux. Le pieux ouvrage aidait Marie Stuart à supporter les douleurs d'une longue captivité. Le chancelier Marillac s'occupait, dans sa prison, à le traduire et le retraduire. Le maréchal de Montmorency,' a la veille de monter sur l'echafaud, en faisait sa lecture! Henriette de France, la reine malheureuse, ainsi qu'elle s'appelait elle-même, adoucissait les tristesses de son veuvage et de sa déchéance ce par la lecture du livre de 11. C. où elle apprenait à se conformer au véritable modèle des chrétiens ». C'est Bossuet qui nous l'apprend dans l'oraison funèbre de l'infortunée princesse. Louis XVI, dans la prison du Temple, puisait dans PL C. la patience et l'abnégation. « Son auguste fille, dit M. Tamisey de Larroque, cette princesse dont les souffrances, suivant l'expression de Chateaubriand, sont montées si haut qu'elles sont devenues une des grandeurs de la France, lisait habituellement IL C, et c'est à une telle lecture (elle nous en avertit elle-même) qu'elle dut l'héroïque résignation avec laquelle elle supporta les malheurs qui la frappèrent si jeune, et qui firent de sa

vie tout entière, pour employer une phrase de 11. C, une croix et un martyre. » (Preuves, etc., p. 56, note.)

Or, nous ne venons pas de signaler le plus grand triomphe de l'I. C.

A Dieu ne plaise que nous nous livrions à des comparaisons oiseuses. Toutefois, sans entrer en des jeux d'imagination qui seraient ici déplacés, nous pouvons dire que nos plus grandes douleurs ne viennent pas de nos propres souffrances. Assister aux douleurs de ceux que nous aimons et être impuissant à les adoucir, n'est-ce pas le comble de la tristesse ? Et quand la mort vient frapper une tête chérie, à l'heure poignante de la séparation, qui ne jette vers le ciel un cri d'angoisse et ne dit à Dieu : « Moi ! c'est moi qui devrais mourir! » Ils ont alors beau jeu tous ceux qui se rient de la religion. Voilà bien l'occasion de montrer qu'elle est inutile. Qu'ils viennent donc essayer de l'efficacité des consolations humaines ! Mais nous savons que la religion seule peut élever sa voix en ces tristes moments. On a vu souvent des mères chrétiennes, on en voit tous les jours encore, lorsque la Providence, dans ses vues impénétrables, vient de ravir à leur sollicitude un .enfant bien-aimé, précieux objet de tendresses et d'espérances, on les voit tomber au pied de la croix, considérer Jésus mourant, Marie désolée, confondre leurs douleurs dans l'océan des douleurs du Calvaire, se désespérer en Dieu et pour Dieu, et, se relevant avec une énergie surhumaine, s'écrier d'une voix brisée : « Le Seigneur me l'avait donné ; le Seigneur me l'a retiré ; que sa volonté soit faite et son nom soit béni. »

L'I. C. est le livre de ces grandes douleurs1 : c'est le

{ Frappé d'un de ces coups qui brisent le cœur et désolent la vie, je demeurais, possédé de ma peine, sans autre force que

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