‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 323 sur 336 · LIVRE DIXIEME. £o · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME. £o

seul, avec la Bible, qu'on puisse lire quand on est abîmé au pied de la croix, dans les larmes et dans l'angoisse d'une récente et irrémédiable séparation. Son langage est à l'unisson de nos peines. Il ne détonne pas à notre tristesse. Son onction, sa résignation, sa patience, sa tendresse, s'insinuent dans le cœur, l'amollissent et le dégonflent delarmes. C'est un livre pathétique. « Toute la vie du Christ a été croix et martyre, et toi, tu cherches pour toi repos et joie ? Tu te trompes, tu te trompes, si tu poursuis rien d'autre que souffrir des tribulations ; parce que toute cette vie mortelle est pleine de misères et parsemée de croix. » II. xii, 34.

Et les petites misères ne trouveront-elles pas quelque adoucissement dans l'I. C. ?

Il faut lire un charmant article de M. Auguste Nisart (Correspondant, 18 août 1874), où le spirituel auteur nous indique avec humour, à propos du latin de l'I. C, le parti qu'un lecteur chrétien et intelligent peut retirer du pieux livre, pour se protéger contre les menues contrariétés de la vie. Nous citerons quelques pages de cette étude si vivante

celle de vivre et de souffrir. Un jour, visitant des objets tout remplis pour moi de souvenirs pieux et tendres, je retrouvai un livre qu une main bien chère ouvrait souvent : c'était l'Imitation de Jésus-Christ. Le signet était encore à la place où ma mère 1 avait laisse au vingt-troisième chapitre du premier livre de la Méditation de la Mort. Il me semblait que ma mère mourante me montrait du doigt comment il faut mourir, c'est-à-dire comment 1 faut vivre pour mériter une mort chrétienne. Cela me suffit J'essayai sur l'heure la traduction de ce saint ouvrai et je 1 achevai bientôt à l'intention de ma mère. Ce livre aval ete le dernier entretien de ses souffrances, ce travail devint l'occupation de mon malheur. L'I. C. a pour les cœurs en pein apaisements austères ; c'est ainsi que le christianisme sait soler 1 homme. (Moreau.Trad. de l'I. C, préface )

« Pour ne pas sortir de cet ordre des petites misères de l'âme, parlons moins magnifiquement des petites misères du sens propre. En est-il une plus cuisante, et qui soit, comme certaines fièvres, moins sujette à rémittence que celle-ci ? Vous relevez de quelqu'un en ce monde, et vous relevez immédiatement de ce quelqu'un. Il est votre supérieur de par les lois ou conventions qui règlent les prélatures, et qui veulent qu'il y ait ici-bas des subordonnés et des obéissants. Vous avez le col à la chaîne, et vous l'avez pelé, souvent meurtri, comme celui du chien de la fable. Cela est dur, mais il importe au bon ordre d'un État ou d'une Communauté qu'il en soit ainsi. Ce n'est pourtant pas le plus dur de la chose. La plaie, la vraie meurtrissure du cœur, c'est que l'homme auquel vous êtes obligé de vous soumettre ne vous vaut ni par les lumières, ni par le caractère, ni par les mœurs. Vous le jugez tel, et aussi le monde avec vous. Vous avez beau peser et soupeser dans le creux de votre main cette autorité bouffie, pompeuse, médiocre et même au-dessous, qu'un vent de fortune ou le caprice tout-puissant du souverain a tirée du néant et mise sur votre tête. Il ne vous faut donc pas moins la reconnaître et y déférer. La mortification est grande, dites même qu'elle est sanctifiante. Qui me la fera recevoir ? Ma raison ? Mais ma raison enrage de ce qu'on veut d'elle ; et c'est en frémissant qu'elle se range, si on appelle cela se ranger. Mon esprit ? Mais pour peu qu'il domine ce supérieur de hasard qu'on lui a donné, et qu'il se paie le malin plaisir de le déshabiller et détailler, comment se rangera-t-il, lui aussi ? C'est lui, encore plus que ma raison, qui est l'insoumis. Que faire donc ? Me rabattre à ma condition, qu'il a plu à Dieu de faire petite et dépendante; mais surtout me rendre à la vérité et à la douceur contraignante de ces belles paroles

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