‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 324 sur 336 · LIVRE DIXIÈME. ^2Q · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. ^2Q

du chapitre XIXe du livre III : a Insipiens est talis cogitatio « qUcT virtutem patientiae non considérât, sed magis perce sonas. » Regarde non pas à la parole de celui auquel il te faut obéir, mais à la vertu même de la patience ou de l'obéissance; en d'autres termes, au bon plaisir de Dieu, du souverain dispensateur des conditions humaines.

... « Considérons, vous et moi, l'un des plus grands troubles et des plus constants de cette vie-ci. Il a sa cause dans le même fonds de malice originelle que j'ai dit plus haut. Il naît du même ferment d'envie. Voici un homme avec lequel vous vous rencontrez dans un endroit qu'on a disposé tout exprès pour que beaucoup de personnes y puissent attendre, bâiller ensemble d'ennui et ensemble sécher d'impatience ; cet endroit-là s'appelle l'antichambre d'un grand. Depuis les beaux temps de la monarchie, le lieu n'a pas changé, ni ce qu'on y vient faire, ni les airs et les attitudes des gens. Comment se fait-il que vous soyez ici ? Pourquoi cet habit et ce linge blanc de solliciteur ? Vous n'aviez pas à vous déranger de chez vous. Ce que vous demandez vous est cent fois dû. Tout le monde vous met dans ce poste, et s'étonne de ne pas vous y voir. Mais quelqu'un vous dispute la place; il est ici avec vous, et plus près de la porte par laquelle on est introduit dans le saint des saints. Il connaît mieux que vous et depuis plus longtemps la maison et ses êtres. Il a d'anciennes familiarités avec les gens qui introduisent, aussi est-il introduit avant vous. L'audience a été courte. Il en sort radieux, d'un pas précipité, et, vous éventant de la basque de son habit, il vous fait un salut qui veut dire : J'ai votre place. Vous venez après, et Ton vous retient plus longtemps, c'est qu'on a beaucoup de paroles à vous dire, de ces paroles par lesquelles on tache de rappeler les noyés à la vie. Allez à

ce beau livre, croyez-moi, en rentrant chez vous, et ne manquez pas à l'ouvrir au livre III, chapitre xlix% vous y lirez ceci : « Pètent alii et accipient, tu petes et non impe- « trabis. » Et il ajoute, tant il sait parler à propos à votre cœur et au mien : « Propter hoc natura quandoque con- « tristabitur, et magnum, si silens portaveris. »

« Oh! oui, vous crierez partout qu'on vous a assassiné dans votre droit, dans vos titres acquis, et, peu s'en faut, dans votre honneur. Nous sommes ainsi faits. Qu'est-ce que le chagrin d'une affaire temporelle manquée ne vous arrache pas de violent et d'outré ? Et y a-t-il rien de plus plaintif et de plus déclamatoire que notre amour-propre, quand il a reçu un coup fourré ? Contre ces abattements de l'âme (tous sont mentionnés et spécifiés dans 11. C, et je ne m'attache qu'aux plus communs), vous ne pouvez rien de vous-même. Vous raidir et ramasser vos muscles à la manière des athlètes d'Olympie, c'est de la plastique d'école ; ce n'est rien de plus. Allez plutôt au livre des humbles, et faites ce qu'il vous dit. Il veut de vous beaucoup moins et beaucoup plus que cette imperturbabilité de la surface ; il vous veut réduit au dedans, pacifié, entièrement tourné vers Dieu et à sa discrétion : « Serva cor liberum et ad « Deum sursum erectum. »

Détachons avec peine nos regards de si vives peintures, et demandons-nous quelle est la cause du pouvoir consolateur de 11. C.

Lorsqu'un enfant pleure de ne pouvoir obtenir l'objet qu'il désire, un instrument tranchant, par exemple, sa mère le console en lui disant : « Ne souhaite pas cet objet, il ne te vaudrait rien. Je te donnerai autre chose, qui est bien préférable. » Le cœur humain est le même ci tous les â^es, et la seule consolation, efficace dans l'enfance, l'est encore

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