LIVRE DIXIEME
dans la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse. A l'homme désolé de la perce de quelque bien terrestre, l'Église et II. C. disent, comme une tendre mère à son enfant : « Xe pleure pas. Ici-bas, rien n'est digne de toi; attends et souffre un peu, bientôt tu auras le bonheur parfait. » Mépris des satisfactions inférieures, espérance de la récompense céleste, tel est le secret du pouvoir consolateur de l'I. C.
En d'autres termes, le pouvoir de l'I. C. consiste à ramener le cœur de l'homme à. l'infini.
Le sentiment éveillé en nous par l'idée de Dieu est plus ou moins vif, mais il n'est pas d'homme qui échappe à l'impression de cette forte idée. On peut l'amortir par l'étude et la volonté; mais, un jour, les circonstances, plus fortes que les systèmes, éveillent le sentiment religieux, qui est une inclination primordiale. Or, aucun livre humain n'entretient plus efficacement que l'I. C. l'instinct divin. M. Bautain a signalé avec sagacité l'action que notre pieux livre exerce sur la sentimentalité religieuse : « Au moyen âge, parut le livre merveilleux, qui s'est emparé de toute la chrétienté, et qui est aussi répandu que l'Évangile, un livre dont on a dit qu'il est le plus beau qui soit sorti de la main des hommes, puisque l'Évangile n'en vient pas; ce livre, c'est l'Imitation de Jésus-Christ. Eh bien ! ce livre que nous avons tous entre les mains depuis notre enfance, est un colloque presque continuel de l'âme avec Dieu et de Dieu avec l'âme. Il enseigne la voie la plus facile et la plus sûre pour aller h Dieu, pour entrer en rapport direct avec Dieu, pour apprendre à l'aimer par dessus tout, jusqu'à s'unir à lui par le fond même de notre cœur. C'est l'Évangile mis en action, en pratique, dans ce qu'il a de plus sublime et de plus tendre. Ceux qui ne veulent pas de mysticisme doivent renoncer à l'I. C. » — « Je voudrais
bien savoir ce qu'un philosophe rationaliste peut faire de l'I. C. et comment il l'explique? Dira-t-il que ce sont des déclamations, des exagérations pieuses, par conséquent des imaginations, des rêveries de bonnes femmes ou d'hommes qui leur ressemblent ? Mais alors comment en expliquer le succès et l'influence, non pas seulement à l'époque où elle parut, mais au moyen âge, mais dans les siècles suivants, jusqu'à nos jours, où elle est plus populaire que jamais? Comment des imaginations, de pures chimères auraient-elles plus d'action sur les âmes que les écrits des philosophes ? Oh ! s'il était vrai que ce livre ne fût que le vain produit d'une imagination exaltée, et qu'il ne répondît pas à quelque côté de la vie humaine, il y a longtemps qu'il aurait été balayé par les siècles avec toutes les scories de la pensée des hommes. Mais non, vous le voyez, ce livre est toujours vivant, il s'accommode à tous les âges et à tous les rangs; il va à la jeunesse comme à l'âge mûr, à la vieillesse, aux grands et aux petits, aux ignorants et aux savants, aux pauvres et aux riches, et cela dans tous les états de la vie. Qu'on ouvre l'I. C. où l'on voudra, on y trouvera toujours quelque chose d'intéressant, de vivifiant, quelque chose qui fait du bien à l'âme, qui relève dans le découragement, qui excite dans l'abattement, qui fait rentrer dans Tordre celui qui en est sorti, qui épure le cœur et le soutient quand il est prêt de céder à des entraînements grossiers, qui nous rappelle à Dieu, à nous-mêmes, et nous rend meilleurs, en nous rapprochant du divin modèle par la foi, l'espérance et l'amour. Voilà, messieurs, l'I. C, et c'est bien là du mysticisme. Sans le savoir, vous tous qui vous plaisez à lire l'I. C, vous pactisez avec le mysticisme, vous êtes plus mystiques que vous ne le croyez, et peut-être que vous ne le voulez. » (La morale de l'Évangile, VIe leçon.)