‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 38 sur 336 · LIVRE DEUXIÈME. 6l · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. 6l

qui ne s'est' pas laissé supprimer par le système scolastique.

Cela est vrai quand il s'agit de la théologie même.

La spiritualité correspond entièrement pour son fonds, comme il est nécessaire, à la théologie scolastique, mais elle conserve des procédés particuliers de méthode et d'expression.

Cela est encore vrai pour les sciences accessoires à la théologie. Nous allons voir que l'I. C. n'a pas répudié la psychologie propre à la spiritualité.

Nous ne trouvons dans l'I. C. aucun vestige de la psychologie scolastique.

Imagines. J'emporte avec moi dans ma demeure les images de ces choses. III. xlviii, 37. — C'est la seule fois que notre auteur emploie l'expression, image, dans un sens qui peut se rapprocher de celui d'espèces et de formes intérieures, représentant les objets extérieurs à l'esprit. Mais l'expression n'est pas prise ici dans sa rigueur philosophique. Elle se borne à rappeler le sens d'images, dans son acception vulgaire, indépendante de toute préoccupation scientifique : J'emporte avec moi dans ma demeure les représentations, les ressouvenirs, les images de ces choses'.

1 Harphius distingue trois sortes d'images : « Primas sunt nocivae, quas recipimus cum inordinato affectu et oblectatione, licet non sint mortiferae. Istaj imagines valde impediunt actionem Dei, et contristant Spiritum Sanctum, fœdantes lectulum Dilecti sordibus peccatorum, nisi quam primum ejiciantur ex anima, et iis resistatur. Quod si fiât, accrescit meritum, si fuuiantur tamen occasiones illarum. — Secundœ sunt vanae, ac sajpe incidunt menti, sed ipsam non succendunt inordinatis desideriis. Et quamvis non sint valde nocivae quoad peccatum, retrahunt tamen valde a profectu, nisi multum diligenter ac continue iis resistatur. — Tertiœ in seipsis bonas apparent ac utiles, sed impediunt veram contemplationem : ut occupatio curas temporalis, quas licita, aut etiam meritoria est. Item cura? aut sollicitudines spirituales, ut videmus in iis, qui nimis sunt

Phantasiœ. — Les mots, phantasia, et, phantasma, se trouvent dans l'I. C, mais sans y avoir le sens que leur ont attribué les scolastiques. Ils conservent dans notre livre leur signification classique de, cpavTaatoc, imaginatio. Les spirituels ont grandement affaire avec l'imagination. Ils travaillent à la réprimer, à la soumettre, à l'améliorer. Ils la veulent dans l'état de repos, de silence, de paix : ils prétendent même en annuler l'exercice pendant la contemplation. Notre auteur se contente d'enseigner que l'état de résignation conduit à l'exemption des imaginations vaines : déficient phantasiae vanae. III. xxxvn, 16.

Nous ne discernons nulle part aucune trace de philosophie scolastique.

Cela ne veut pas dire que notre auteur n'ait pas de théorie psychologique.

S'il n'a pas adopté les théories aristotéliciennes, il ne laisse pas d'indiquer, par sa terminologie, qu'il est fidèle à la tradition antique et constante de la spiritualité chrétienne.

La psychologie des spirituels est, en effet, différente de celle des scolastiques. Ceux-ci se préoccupent du classement scientifique des facultés de rame. Les spirituels, indifférents aux recherches curieuses et spéculatives, n'ont en vue que l'âme, dans ses rapports avec l'amélioration morale et son union avec Dieu.

scrupulosi, formidolosi aut similes : vel occupatio cœlestium, quae non est utilis, nec innammat ad amorem Dei. Sunt qui curiose indagare volunt altissima de Trinitate, Angelis et istiusmodi aliis. Quapropter contemplativus solum imaginibus illarum rerum depingere se débet, quae ipsum excitant ad agendas gratias Deo, ad eum laudandum, diligendum, imitandum secundum ejus humanitatem, rescindendo omnem curiosam et inutilem inquisitionem, per quam non melioratur. » (Lib. II Theol. Mvst., part. III, cap. xxvm.)

Page 1