LIVRE DEUXIEME
à signaler dans le système des facultés de l'âme, tel qu'il est défini par les spirituels, c'est la distinction entre l'âme et l'esprit, anima et spiritus.
Cette distinction est fondamentale et remonte à l'origine même du christianisme. « Adam (le premier homme) dit saint Paul, a été créé avec une âme vivante; et le second Adam a été rempli d'un esprit vivifiant. Mais ce n'est pas ce qui est spirituel qui a été formé le premier ; c'est, d'abord, ce qui est animal, et, ensuite, ce qui est spirituel : Non prius quod spiritale est, sed quod animale; deinde quod spiritale. » (I Cor. xv, 45 et 46.) — « Les hommes animaux, dit de son côté saint Jude; qui n'ont pas l'esprit: Animales, spiritum non habentes. » (Ep.Cath., 19.)
— « L'animalité, dit saint Bernard, est un mode de vivre soumis aux sens, à savoir, quand Pâme affectée, et comme mise hors d'elle-même par l'impression des sens, se repaît de la jouissance des objets aimés et en nourrit sa sensualité ; ou bien encore quand l'âme, rentrant en elle-même, et ne pouvant entraîner après elle les corps dont elle a fait ses délices, en attire à elle les images, et leur donne un asile amical. Habituée à la délectation qu'elles font naître, elle ne pense à rien qu'à ce qu'elle a laissé dehors, ou qu'elle a évoqué en elle-même. » (De Vita solit.)
C'est en ce sens que 11. C. entend les expressions d', animalis, et de, spiritualis, et qu'elle en fait la base même de sa psychologie.
C'est à cette distinction primordiale que doivent se ramener les termes d'homme extérieur et intérieur \
1 Interior. « valde enim gravatur interior homo. » I. xxn, i3.
— « si interior homo non fuerit devastatus. » III. xm, 4. — « da virtutem corroborari in interiori homine. » III. xxvn, 17.— « interior homo secundum imaginem Dei reformatur. » III. i.iv, 32. — « condelector legi tuœ secundum interiorem hominem. » III. lv, 7.
L'homme est divisé par saint Paul, en intérieur et extérieur. Les scolastiques et les commentateurs donnent plusieurs interprétations du texte célèbre de l'Épure aux Romains, vu, 22 : « Condelector enim legi Dei secundum interioremhominem. » Pour les spirituels, l'homme intérieur, c'est celui qui vit du, spiritus ; 1 nomme extérieur, celui qui vit de 1\ anima. « Quand il est fait mention dans les Écritures, dit Louis de Blois, de l'homme intérieur ou extérieur, on doit entendre par intérieur, le fond de l'âme avec les facultés supérieures ; par extérieur, le corps avec les puissances inférieures et animales de l'âme, qui dépendent du corps quant à leur opération. C'est pourquoi l'homme est dit intérieur selon la force rationnelle et l'essence de l'âme; il est dit extérieur selon la force animale et sensitive : 'interior homo dicitur secundum vim rationalem et essentiam anirme. Exterior secundum vim animalemet sensitivam. )> (Praef. ad Instit. Spirit.) — C'est le sens même de l'I. C. quand il y est question de l'homme charnel ou animal, incliné vers les choses des sens, obéissant à la passion, adonné aux choses extérieures.
Infirmus spiriïu, infirmus, infirmitas. — Ces expressions qui se rencontrent souvent dans l'I. C. doivent s'entendre, dit Fouet, « moins de la faiblesse de notre nature, que de l'état d'infirmité, de maladie, de blessure," dans lequel l'a mise et laissée le péché originel. » Il n'y a pas de doute ; mais il ne s'agit pas ici de cette faiblesse générale provenant de la chute originelle. Il est question de la faiblesse particulière de celui qui est encore charnel et animal, et qui n'est pas encore avancé en esprit. Il ne faut jamais perdre de vue l'importante distinction, capitale dans l'I. C, entre 1', anima, et le, spiritus, qui établit la différence entre l'homme animal et spirituel. C'est de ce dernier dont