‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 41 sur 336 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

parle l'auteur dans plusieurs passages de son livre, en particulier I. vi, 4. Il signale l'état de l'homme déjà spirituel, sans doute, mais infirme et chancelant dans son état. Il est charnel en quelque manière, incliné vers les sens, peu vivant de la vie supérieure de l'esprit. Encore infecté d'animalité, il n'est pas complètement spirituel.

Ame, raison, intelligence. — Les spirituels ne se contentent pas de diviser les états de l'âme en, anima, et, spiritus. Ils ont une division à eux des facultés intellectuelles, qu'ils partagent en, sensualitas, intelligentia, mens.

Saint Bonaventure énumère avec précision ces trois divisions de l'âme : « Notre âme, dit-il, a trois aspects principaux. Le premier, se rapporte à l'action corporelle, et en ce sens, elle est dite, animalité ou sensualité. Le second, est intérieur et au dedans d'elle-même, et en ce sens, elle est dite, esprit. Le troisième, est au-dessus d'elle, et en ce sens, est appelé, intelligence1. »

« L'âme, dit ailleurs le même docteur, considère le ciel et la terre. Quand elle s'applique aux choses éternelles et invisibles, elle est dite, intellect, ou, intelligence : intellectus vel intelligentia. Quand elle s'applique aux choses temporelles et corruptibles, on l'appelle, raison. » (Lumin., serm. n.)

Quand on étudie les mystiques allemands du XIVe siècle et du xve, on reconnaît qu'ils acceptent cette dernière distinction. Pour eux, l'intellect est la faculté de k'âme qui poursuit la connaissance des substances spirituelles créées ;

' Mens nostra très habet aspectus principales. Unus est ad corporalia exercitia, seeundum quem vocatur, animalitas seu sensualitas. Alius intra se et in se, seeundum quem dicitur, spiritus. Tertius est supra se, seeundum quem diciiur, mens. K\ quibus omnibus disponere se débet ad confundendum in Deum. (S. Bonav. Itiner., cap. i.)

6g LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

l'intelligence est la partie supérieure de l'intellect qui connaît Dieu.

Pour l'auteur du traité « de Spiritu et anima », qui se trouve parmi les œuvres de saint Bernard, intellectus, et, intelligentia, c'est la faculté de l'âme qui s'applique à la connaissance du divin : « Intellectus, sive, intelligentia, ea vis est anima?, qua de divinis, quantum homini possibile est, cognoscitur. » (Cap. lvii.)

Il ne semble pas que l'L C. ait fait une place, au moins une place considérable, à cette troisième division des facultés de Fâme. Il n'est pas besoin, en effet, d'imaginer une puissance distincte qui nous permette de considérer les choses célestes. La raison est la même, qu'elle s'applique à la terre ou au ciel Le sujet ne varie pas, bien que l'objet soit différent. Sans doute, notre auteur croit que l'illumination de l'intelligence vient de Dieu : desuper lumen intelligentia accipit. I. m, 14; tu auditui intelligentiam tribuis. III. 11, 15. —Il ne se trompe pas. Les vérités surnaturelles ont besoin de la grâce de Dieu pour être accessibles à la raison. Mais il juge inutile de dédoubler la raison, selon qu'il s'agit de philosophie ou de théologie; et, s'il mentionne l'intelligence, il ne lui attribue pas an rôle habituellement distinct de la raison.

Cogitatio : pensée. I. xm, 22. — Le sens du mot, cogïtatio, pensée, est différent chez les scolastiques et chez les

spirituels.

Pour les premiers, la pensée est le mouvement par lequel l'âme recherche la vérité dont elle n'a pas la parfaite vue : c'est ce que certains modernes appellent, la connaissance.

Pour les mystiques, la pensée, ainsi que le dit Richard de Saint- Victor (I de Contempl., cap. iv), est le. regard de

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