‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 48 sur 336 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

La troisième objection fait remarquer que la méthode doit convenir a la matière. Or, dans la théologie, la matière est la foi : il ne convient pas de raisonner dans les choses de la foi. — Réponse : Oui, la matière de la foi est audessus de la raison livrée à elle-même, mais non de la raison aidée par la révélation.

Voici la quatrième objection : le raisonnement est contraire a la fin de la doctrine sacrée, car il ôte le mérite. — Réponse : Quand on donne son assentiment à la raison, et à la raison pour elle seule, il n'y a plus alors de foi, et l'âme humaine est alors dominée par la violence de la raison. Mais quand la foi désire avoir des raisons par amour pour la foi, il n'y a pas privation de mérite mais augmentation de foi.

Puis, ayant posé quelques considérations, qui servent comme de fondement à la thèse qu'il va établir, saint Bonaventure proclame que la méthode d'inquisition ou de raisonnement (perscrutatorius sive ratiocinativus) convient à la doctrine sacrée, car elle sert a confondre les adversaires de la foi, à soutenir les infirmes dans la foi, a réjouir les parfaits.

Cette conclusion est adoptée par tous les Docteurs, et le concile du Vatican lui donne une suprême autorité, dans le chapitre iv de la Constitution De Fiât Catholica.

Est-ce que ce n'est pas une doctrine opposée à celle de l'I. C. ?

Il n'y a pas lieu de se troubler de prétendues contradictions : elles ne sont qu'apparentes.

Les auteurs sacrés ne sont pas contraires a eux-mêmes, quand ils approuvent et désapprouvent l'usage de la dialectique dans la doctrine sacrée : ils savaient que l'on peut abuser et que l'on abuse en effet des meilleures choses. Ce

g0 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

n'est pas la méthode qui est condamnable, dit saint Augustin, c'est le mauvais usage qui en est fait : « Non est facultas ipsa culpabilis, sed ea maie utentium perversitas. » C'est l'abus qui est réprouvé, et non la chose elle-même. « Il faut avouer, dit Mabillon, qu'il peut y avoir de l'excès, et même qu'il ne se glisse que trop souvent de l'excès, dans l'usage du raisonnement dans la théologie. Mais il faut retrancher l'excès et corriger le mauvais usage de la raison, et ne point condamner absolument la chose qui est bonne elle-même. »

u II y a trois excès, dit l'abbé de la Chambre, également dangereux, et qu'il faut éviter sur la matière dont il est ici question : le refus de toute autorité, l'exclusion de tout usage de la raison, et l'empire trop grand des lumières naturelles... Pour se mettre à l'abri des trois défauts dont nous venons de parler, il est évident qu'il faut reconnaître i° que l'autorité est d'un usage indispensable dans la discussion des dogmes de la foi ; 2° que la raison doit y avoir quelque part, et qu'on ne peut sans folie l'en exclure entièrement;. 3° que la fonction des lumières naturelles se borne à examiner attentivement quels sont les points de doctrine qui se trouvent dans la révélation, et qu'il faut qu'elles se soumettent à ces points de doctrine, quelque impénétrables qu'ils soient à l'esprit humain. »

Entendus en ce sens, notre auteur et saint Bonaventure sont parfaitement d'accord. Ils ne diffèrent que sur la part de raisonnement qu'il convient de tolérer. Saint Bonaventure est plus large que l'écrivain de 11. Cil s'adressait à des Religieux plus actifs, et moins contemplatifs. L'application des principes se diversifie selon les milieux.

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