LIVRE DE1 XIÈME. g r
usage de l'écriture sainte.
Il a fallu un génie libre et pénétrant pour avoir eu, pendant la période du moyen âge, les trois vues judicieuses exposées dans le chapitre v du livre I :
i° Qui peut nier l'éloquence de la sainte Écriture ? Les psaumes de David sont le chef-d'œuvre de la poésie lyrique, comme les Évangiles sont la merveille des récits historiques. Mais on ne doit pas lire les saints Livres pour se livrer à une satisfaction littéraire; il faut y rechercher les enseignements de la vraie doctrine, surtout des leçons de vertu. I. v, 3.
2J Au moyen âge, on recommandait de chercher quatre sens en chaque texte de l'Écriture : les sens littéral, allégorique, tropologique, anagogique. C'est ce qui rend si pénible pour nous la lecture des écrits de l'époque médioéva'e. Habitués à se jouer dans les interprétations, nos pères se reconnaissaient et se plaisaient dans le dédale du symbolisme. Nos esprits ont aujourd'hui reçu une direction différente. Nous en sommes venus au point marqué par l'L C. Nous lisons l'ancien et le nouveau Testament selon le sens môme dans lequel il a été écrit, c'est-à-dire, selon le sens littéral, et d'après les seules interprétations reconnues par l'Église. Ibid., 2.
3° On ne peut s'empêcher de remarquer, dans les oeuvres des théologiens du moyen âge, un emploi abusif de l'Écriture sainte, qui est fatigant à l'excès. Certains auteurs ne composent que des centons bibliques, et ne savent expri-
g2 la DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
mer les choses les plus simples qu'au moyen de textes péniblement rapprochés. Notre auteur ne veut pas qu on torture les saints Livres pour satisfaire le bel esprit : il ne faut s'en servir que dans un but d'utilité. Ibid., 10.
L'I C donne le précepte et l'exemple du bon usage des Livres saints. Aucune oeuvre n'est plus imprégnée de l'esprit et de la forme bibliques. Mais qu'on examine 1 emploi des citations. Elles n'ont jamais pour but que de satisfaire la vérité et l'utilité; jamais elles ne poursuivent les effets de littérature ou de subtilité.
Le miracle de notre livre, c'est, surtout, 1 emploi scrupuleux de l'Écriture, uniquement selon le sens littéral. Ce ne sont pas les textes complets qui sont seulement soumis à l'interprétation rigoureuse. Les mots eux-mêmes sont usités selon le sens propre de l'Écriture. Si on se donne la peine de parcourir les textes, que nous avons recueillis au bas des pages de notre édition, on ne pourra qu'admirer la science et la conscience de notre auteur, qui recourt sans cesse aux souvenirs des saints Livres, mais sans jamais se départir de la plus rigoureuse interprétation. • .
Et quel emploi simple et naturel de la sainte Ecriture ? « Une des causes de la fatigue que nous éprouvons parfois à lire les Pères de l'Église, c'est cet effort qu'ils font sans cesse pour trouver a tout des sens figurés, c'est ce mélange d'interprétations subtiles et d'élans sincères, de simplicité touchante et de pédantisme raffiné, de naïveté et de scolastique, de jeunesse et de sénilité, qui nous font souvenir à tout moment que le christianisme était une religion nouvelle née dans une époque vieillie, et que, même dans les meilleurs livres de ses plus grands docteurs, il a souvent deux âges à la fois. » (Gaston Boissier. Promenades archéologiques, 2e édit., p. I39-)