livre Deuxième. g
Ce qui est vrai des écrivains des premiers siècles, Test encore des écrivains du moyen âge. Qui peut lire couramment les œuvres de Richard de Saint- Victor ? Si, pour entendre certains écrivains du xvnr siècle, il est 'nécessaire d'être initié à tous les mystères de la mythologie, pour entendre quelques auteurs sacrés du moyen âge, il faut posséder tous les arcanes de la Bible.
L'auteur de 11. C, tout en usant constamment des expressions et des pensées de la Bible, reste simple et se fait lire sans effort.
Notre auteur donne ainsi le précepte et l'exemple de la discrétion, ou discernement, dans l'étude de la science sacrée : car, en aucune circonstance, la préoccupation de la vertu, à poursuivre avant tout, ne l'abandonne.
« Beaucoup)) (il ne dit pas tous) « ont perdu la dévotion, parce qu'ils ont voulu trop savoir » (et non parce qu'ils ont recherché la science conforme à leur état et à leur aptitude). C'est à cette observation que se restreint le conseil, auquel notre auteur revient si souvent, quand il s'agit de l'étude des sciences sacrées, quelles qu'elles soient, scripturales ou scolastiques. Cette simple observation domine toutes les vues de l'I. C, nous le verrons bientôt, relatives à l'étude.
Rien de plus certain que les deux vérités suivantes : i° la grande science de la religion, loin d'être un obstacle pour les esprits élevés, sert au contraire à l'accroissement de la dévotion ; 20 néanmoins, pour d'autres intelligences, chercher à approfondir des sujets religieux trop sublimes et d'une manière disproportionnée au devoir, est une cause de ruine pour la dévotion.
Pic de la Mirandole était sur son lit de mort prêt à recevoir le saint Viatique. Au moment de donner au moribond
g, LA DOCTRINE DU LIVRE DEI. C
l'Hostie divine, le pieux et naïf chapelain qui présidait à la cérémonie, adressa la parole à l'agonisant : « Seigneur, je vous prie de donner une satisfaction aux âmes simples. Elles vous ont entendu souvent raisonner et disputer contradictoirement sur les choses de la foi. Ayez la bonté de leur faire savoir, si de semblables discussions ont porté atteinte à la fermeté de votre croyance. » — Le savant se redressant sur sa couche et recueillant ses dernières forces : a Je jure, dit-il, par ce Dieu que je vais recevoir dans la Communion, et qui sera bientôt mon juge, que tout ce que j'ai pu acquérir de savoir n'a jamais fait vaciller en moi la lumière de la foi. Au contraire, tout ce que j'ai appris, n'a servi qu'à m y confirmer davantage, car j'ai toujours trouvé que la saine raison est d'accord avec ce qu'enseigne la reliaion. » Cela dit, il communia avec ferveur, et peu après rendit son âme à Dieu.
Cette réponse est celle qu'auraient pu faire, sur leur lit funèbre, les grands génies qui ont consacré leur vie à l'étude de la religion, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, Bossuet. Ils auraient pu témoigner, .que la science de la religion avait conduit leur esprit à la concorde de la foi et de la raison. Ils auraient eu la joie de donner, à ceux qui l'eussent demandée, une confirmation de leur foi. Ils avaient eu le contentement de connaître quelque chose de ce qui est au ciel, contentement qui surpasse de beaucoup celui d'approfondir les choses de la terre. La science de la doctrine sacrée les avait aidés dans la méditation et l'oraison, et avait élevé leurs désirs au-dessus^ des bas et grossiers intérêts de la vie d'ici-bas. Voilà ce qu'une science profonde de la religion procure de secours pour la dévotion.
Et cependant, il est vrai de dire avec l'I. C, que « beau-