‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 53 sur 336 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

bord avec les seules forces de l'esprit humain, une exceptionnelle autorité (inspiratio subsequens) : dans ces divers cas, on ne se trouve pas en présence de l'inspiration supérieure qui donne aux Livres saints une incomparable valeur, mais d'une inspiration d'ordre secondaire, qui peut appartenir aux œuvres des Saints, des Pères et des Docteurs, et qui leur communique une particulière efficacité.

Il n'a point paru téméraire à quelques-uns, de penser que 11. C a subi l'influence de ces diverses inspirations, que nous venons de signaler en dernier lieu. On peut le supposer : une grâce particulière a prévenu l'intelligence de notre saint auteur pour y exciter, réveiller, ou développer des pensées de l'ordre le plus religieux : il semble que le doigt de Dieu a indiqué au pieux écrivain les limites qu'il ne devait jamais franchir, puisqu'on n'a jamais signalé dans son œuvre une erreur sur la doctrine ou les mœurs ; enfin, le respect de l'Église a entouré l'I. C. d'une sorte de consécration.

« Dieu qui parla anciennement à nos pères en différentes occasions et en diverses manières, nous a parlé dans les derniers temps par son propre Fils; mais il continue de nous parler encore par les Saints que de temps en temps il suscite dans l'Église. Il faut sans contredit, quel qu'ait été l'auteur des quatre livres de l'I. C, le mettre au nombre de ces saints personnages; et il n'est assurément personne de bon sens, qui, reconnaissant partout dans ces livres le langage delà vraie piété et l'inspiration de l'esprit divin, n'ait et ne doive avoir pour eux le plus grand respect. Ainsi en pensaient le saint pape Pie V, saint Charles Borromée, saint Philippe de Néri, saint Ignace de Loyola, saint François de Sales; ainsi en pensaient tous ceux qui, dans les trois derniers siècles, se sont rendus recommandables par leur piété

gg LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

et parleurs lumières. » (Beauzée. Préface de l'Imitation.) « Il semble, disait en 1685 l'Évêque de Tournai, que Dieu ait immédiatement inspiré les sentiments et dicté les paroles de l'I. C, tant elles ont de force et sont pleines d'onction. La noble simplicité de son style et la sublimité île ses pensées a quelque chose de plus qu'humain, et Ton ne saurait assez en conseiller l'usage à ceux qui cherchent les moyens de se sanctifier. » (Approbation de la traduction de Martignac.)

Déjà le chancelier Marillac avait dit, répétant une parole de saint Grégoire sur le « Livre de Job », et de saint François de Sales sur l'I. G. même, que le pieux livre n'a pas d'auteur plus assuré que le Saint-Esprit. C'était maintenir, en d'autres termes, la pieuse croyance que les copistes et les premiers éditeurs consignaient aux frontispices de leurs transcriptions manuscrites et imprimées : « Liber aureus et plane divinus. »

L'Église n'a pas cependant confirmé cette persuasion par une définition précise. Aucun acte formel n'autorise le théologien à considérer l'I. C. comme une œuvre inspirée, à quelque degré que ce soit, et à lui donner le caractère de la révélation. L'I. C. doit être acceptée comme un livre que l'Église recommande et estime d'une manière exceptionnelle ; mais ses enseignements ne s'imposent pas avec une autre autorité que celle des écrits les plus renommés des saints Pères.

Or, l'autorité des Pères de l'Église est souveraine dans l'ensemble, lorsque, par exemple, ils sont unanimes à enseigner une vérité doctrinale. Dans ce cas, dit Melchicr Câno (De locis theologicis, cap. m), les saints Pères ne peuvent se tromper.

Mais, lorsqu'il s'agit de tel ou tel Père en particulier, il

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