‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 56 sur 336 · LIVRE TROISIÈME, or · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME, or

à moi, et moi à Dieu ! Moi, tout holocauste de son amour; Lui, tout désir et toute satiété de mon cœur! Oui, oui, ô mon Souverain, et unique Bien, je ne ferai aucune action, soit intérieure, soit extérieure, soit grande, soit petite, qui ne soit dirigée vers vous et par vous... Anima mea tibi vivet. Comme mon corps ne vit, ne sent, ne se meut, n'opère que grâce à l'âme qui le gouverne, ainsi mon âme ne vivra, ne sentira, ne remuera, n'opérera que selon les impulsions qu'elle recevra de vous. » (P. Rogacci.)

Si on la considère dans son intensité, la vie chrétienne peut être divisée en état des commençants, état des progressants, état des parfaits. Saint Thomas (2.2./XXIV/9) donne l'explication de cette division : « D'abord, la principale préoccupation de l'homme qui veut travailler à la perfection de son âme, doit être de s'éloigner du péché et de résister à la concupiscence, deux obstacles à rétablissement de la charité : c'est l'œuvre propre des commençants, en qui la charité doit être entretenue et protégée avec soin, de peur qu'elle ne soit promptement étouffée. La seconde préoccupation pour l'homme qui veut atteindre à la perfection, est d'avancer dans le bien, et cette préoccupation doit être celle des progressants, qui ont surtout pour but d'augmenter et de fortifier en eux la charité. La troisième préoccupation doit être de s'unir à Dieu de telle manière, qu'on en jouisse, autant qu'il est permis ici-bas, et c'est le travail propre des parfaits. »

Les modernes ont remplacé cette division, si sage et si claire, par la distinction des voies purgative, illuminative, et unitive, qui ne fait sans doute que reproduire, mais en termes quelque peu confus, la division des anciens.

Or, l'I. C. n'est pas un livre des commençants : ce n'est pas une œuvre se rapportant à la voie purgative ; car on

o£ LA DOCTRINE DU LIVRE DE .1. C.

n'y trouve aucune des notions que donnent les manuels élémentaires de spiritualité sur les péchés capitaux, les racines et les remèdes des vices, tous sujets qu'il est nécessaire de faire connaître aux aspirants à la vie intérieure. Le pieux ouvrage s'établit en delà de ces points, qui regardent en propre les débutants. Dira-t-on qu'il se trouve dans 11. C. des considérations sur les fins dernières? Il ne faut pas s'y tromper. La méditation sur la mort, l'enfer, le ciel, le purgatoire, est nécessaire au commençant qui veut s'arracher à l'habitude du péché mortel : elle ne l'est pas moins au chrétien qui veut progresser dans le bien, et au parfait qui veut se maintenir dans la perfection.

« Si tu pensais plus souvent à ta mort, qu'à la longueur de ta vie, il n'est pas douteux que tu t'amenderais avec plus de ferveur. Si, de plus, tu pesais exactement dans ton cœur les peines futures de l'enfer ou du purgatoire, je crois que tu soutiendrais volontiers et labeur et douleur, et que tu ne redouterais aucune rigueur. » I. xxi, 22, 23.

Les fins dernières sont un sujet de méditation non pas exclusif, mais commun à tous les états de la spiritualité.

L'examen de conscience du livre IV, chap. vu, indique avec précision l'état des âmes à qui s'adressent les conseils de notre pieux auteur. C'est l'avancement spirituel, l'état des progressants :

« Gémis et pleure, d'être encore si charnel et mondain ; a Si immortifié en tes passions ; « Si plein des mouvements de la concupiscence ; « Si peu en garde dans les sens extérieurs, etc. » Notre auteur explique qu'en déplorant les fautes de sa conscience, il entend non les péchés d'un mondain, mais ceux d'un Religieux appliqué à progresser dans le bien. « Je parle, non de ces choses que la vanité du monde

Page 1