LIVRE TROISIÈME
poursuit de tout cœur, mais de ces misères qui, par la malédiction commune à ce qui est mortel, appesantissent et retardent, comme punition, l'âme de votre serviteur, en sorte qu'il ne peut pas entrer dans la liberté d'esprit, autant de fois qu'il serait loisible. » III. xxvi, 3.
On peut appeler cet examen de conscience l'état d'âme d'un Religieux, exclusivement occupé de la vie intérieure.
Le Religieux s'y manifeste par la préoccupation du devoir professionnel : le silence, les veilles saintes, l'obligation des Heures, la réprimande. D'ailleurs, aucun détail qui caractérise tel ou tel Ordre en particulier.
L'homme intérieur s'accuse par la préoccupation de l'avancement spirituel. Rien n'atteste l'état inférieur des commençants. Celui qui peut signer un tel état d'âme est placé par delà la période de conversion et de purgation. Il est établi en pleine atmosphère de piété. Il ne combat plus pour arriver à l'état de grâce. Il y est fixé, autant qu'il est permis à un serviteur de Dieu. Il ne recherche que les moyens de passer du bien au mieux, et de tendre sans cesse à la perfection.
Notre auteur ne suit pas, dans son examen de conscience, un ordre logique. Ce n'est un examen constitué, ni selon Tordre des commandements de Dieu, de l'Église, des péchés capitaux, ni selon l'ordre des pensées, des paroles, des actions, des omissions, etc., etc. Nous avons eu bien souvent occasion de remarquer, que la préoccupation de spéculation ni de symétrie ne se manifeste guère dans 11. C. Le livre est essentiellement pratique. Il ressemble à un livre de médecine, qui n'aurait aucun souci de la nature et de la classification des remèdes, se bornant à énumérer les substances qui ont fait, empiriquement, leurs preuves, et les cas où elles doivent être employées. On peut prendre les diverses
g LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
parties de l'examen de conscience, et, à son gré, en intervertir l'ordre, on se trouvera toujours en présence d un certain nombre d'indications, se rapportant sans doute aux devoirs d'état du Religieux, et les comprenant de telle manière que l'habitant du cloître, fidèle à la teneur d'un tel examen de conscience, sera un Religieux de tout point accompli ; mars on ne réussira pas a y trouver une disposition systématique. L'énumération des devoirs du Religieux est a peu près complète ; mais elle n'a d'autre ordre que la juxtaposition
arbitraire. . .
Nous retrouvons, d'ailleurs, dans ce texte important, la plupart des expressions ascétiques, qui forment la terminologie doctrinale du pieux livre. •
Mais qu' est-il besoin de se livrer à des inductions ? Le livre lui-même dénonce franchement son dessein : il dresse expressément à ceux qui, vitam suam ad emendat.o- „em disponunt (IV. i, 36)- " dirige ses conseds vers les âmes qui se proposent, emendandi vitam suam et in medus proficiendi (IV. vu, S). Il ne cesse d enseigner qu .1 faut avoir l'ambition perpétuelle de se perfectionner : « Oh' si vous considériez ce qu'une bonne conduire donnerait de paix à vous-même et de joie aux autres, vous auriez je crois, plus à cœur votre avancement spirituel. » T XI 22 « Mon frère, ne perdez pas l'espoir d avancer dans' la vie spirituelle, vous en avez encore le temps. Pourquoi renvoyer au lendemain vos bons pro]ets? Levezvous, commencez à l'instant, et dites : Voici le temps d agir, voici le temps de combattre, voici le temps de me corriger » I. xxii, 21. - Il fout lire encore, I. xxv : « Qu il faut travailler avec ferveur à l'amendement de sa vie »
C'est la doctrine même de saint Augustin que développe le pieux écrivain.